Corliande, une invitation féérique à changer de regard

A la fois conte merveilleux et épopée aventureuse, Corliande est une trilogie surprenante. Mettant en scène la quête métaphysique de deux petits êtres innocents à l’aube de l’adolescence, Isabelle Nuffer renverse les valeurs habituelles de la Fantasy, questionne notre vision du monde et propose un regard différent. Ce roman initiatique à portée philosophique et politique nous transporte dans un univers magique qui ne manquera pas de vous étonner.

Résumé de Corliande : une quête initiatique dans un monde onirique

Serylia et Baltos ont toujours vécu à Corliande, village verdoyant dans une clairière isolée entourée de rivières, de cascades et de fleurs. Intrigués par les théories de deux savants, les deux adolescents quittent leur petite communauté pacifiste et bienveillante pour partir à la recherche de leurs origines. Leur destination est la lointaine Cité du mensonge, qui détiendrait la Vérité prisonnière. Toutefois, le chemin en lui-même est aussi important que l’objet de la quête et les deux Corliandais connaîtront de nombreuses aventures. Ils croiseront la route de dieux-animaux, d’anges chevalins, d’ondins belliqueux, d’oiseaux maladroits et de magnifiques fées. Mais ils apprendront surtout à se connaître eux-mêmes.

Parallèlement, le lecteur/la lectrice s’interroge sur ses propres préjugés, sur les valeurs intériorisées et sur ses habitudes de lecture.

Corliande, ou la Genèse d’un monde

Les personnages de Corliande évoluent dans un univers foisonnant de créatures et de paysages magnifiques. L’autrice a inventé de toutes pièces un monde original qui prend vie de manière imagée sous nos yeux. J’ai senti, au fil de ma lecture, à quel point la création de ces lieux, de ces peuples et de ces créatures tenaient à cœur à Isabelle Nuffer. Une véritable géographie se dessine. Comme dans tout univers complexe de Fantasy, l’on sent que ce monde est plus vaste, que toute une Histoire vit derrière chaque élément.

Les habitants d’ici ne mesurent guère plus d’un mètre. Alertes et menus, possédant même à ce qu’il paraît une grâce peu commune, ils doivent sans doute à leur petite taille et à leur finesse une agilité qui passe pour être légendaire. La pigmentation de leur peau offre à qui voudrait les peindre une palette infiniment riche, et variable selon les individus […]. Ils vivent dans de ravissantes petites maisons de bois sculpté qu’ils construisent et peignent en laissant libre cours à leur fantaisie. […] Végétariens, les corliandais cultivent dans des jardins remplis de fleurs les fruits et les racines dont ils se nourrissent. Amis des oiseaux, utilisant un procédé secret, transmis de génération en génération, ils en imitent à la perfection le plumage délicat, et de l’étoffe ainsi obtenue, façonnent leurs costumes. Allègres, généreux, ils ont le sens de l’harmonie et de la justice et, n’ayant à prier ou à craindre ni dieux ni démons, ne croient fermement qu’au paradis terrestre où s’écoule leur vie paisible.

Les inventions d’Isabelle Nuffer sont poétiques et semblent parfois peintes au pinceau tant les couleurs et les formes sont précises. Corliande se dessine tel un tableau sous nos yeux, où des scènes oniriques se déroulent avec une poésie quasi-surréaliste et où la réalité, le rêve et les symboles se mêlent.

Mais ces paysages, ces histoires et ces créatures ne se suffisent pas à elles-mêmes. Dans ce monde allégorique, des critiques, des valeurs et des messages émergent.

Critique métaphorique de notre société dans Corliande

De manière symbolique, Corliande pose un regard critique sur notre société pour livrer un message sensible, écologique et humain.

Au-delà de la tradition : le message écologique de Corliande

Ils ont détruit tant de vies ! Par méconnaissance de ce qu’est la vie, par cruauté, ou simplement pour nous prouver, et se prouver à eux-mêmes, leur supériorité. Les désastres qu’ils ont provoqués, la nature défigurée de cette planète fantôme en témoigne aujourd’hui.

Ce récit du sage chat Kéhaton pourrait se rapporter à notre planète. J’ai été heureuse de lire Corliande car j’ai beaucoup de mal à trouver des critiques de notre société qui ne soient pas conservatrices ou réactionnaires, comme c’est souvent le cas dans les dystopies. En mettant en scène des êtres jeunes, sensibles et respectueux du vivant, ce roman nous rappelle que l’espoir ne se situe pas dans le retour à un passé illusoire (qui est d’ailleurs à l’origine des dérives actuelles !) mais dans l’évolution et la déconstruction des valeurs sur lesquelles nous nous appuyons, dans une remise en cause fondamentale, un véritable changement de regard. Quel meilleur genre que celui de la Fantasy, encore intellectuellement sous-estimé en France car jugé peu réaliste, pour aborder ce sujet ?

Corliande interroge les dérives d’un trop grand attachement à la tradition. Les origines n’y sont finalement pas si importantes. Serylia et Baltos nous livrent un message important : la sagesse consiste à accepter qui l’on est, à laisser les origines, les traditions et le passé pour vivre dans le présent, sans chercher nécessairement à tout comprendre ni à tout expliquer. Cela fait du bien de lire une remise en cause du monde actuel qui ne propose pas un retour en arrière.

La beauté nous attend. Elle ne demande qu’à se révéler. Pourquoi devrions-nous toujours la chercher ailleurs qu’en nous-mêmes, chez nos ancêtres, dans une vie déjà vécue par d’autres et que nous ne connaîtrons jamais ?

Dans ce livre, la sagesse est du côté des enfants et des animaux, peut-être parce que ceux-ci n’ont pas été aveuglés par une logique rationaliste à l’extrême. Dans notre monde, les émotions et le concret sont dévalorisés au profit de la valorisation d’un intellect rationnel et dominateur, et ce depuis le début de l’ère moderne. Ce rationalisme va de paire avec l’assujettissement de la nature à des fins de profit. Cette rationalité a « bouté le sensuel hors de la pensée » (Mona Chollet, Beauté fatale, les nouveaux visages d’un aliénation féminine) mais aussi le merveilleux, l’imaginaire et la sensibilité. Or, dans le contexte actuel, nous prenons conscience que ce sont que ces derniers, s’opposant aux valeurs guerrières, qui peuvent sauver le monde. Dans le livre d’Isabelle Nuffer, la mentalité et l’attitude des Corliandais, doux, pacifistes et conscients de la valeur de toute vie, est profondément écologiste. Qui plus est, ce sont des enfants, dont l’innocence est synonyme de sagesse.

Les limites de la logique dans Corliande

Corliande valorise l’enfance et le regard enfantin, qui est synonyme de capacité d’émerveillement. Or, la logique a tendance à écraser l’émerveillement, à le réduire, à l’enfermer dans des cases toutes faites : « Mais comme toujours, elle le savait, le doyen aurait le dernier mot. Se redressant de toute sa hauteur, et professant de toute sa logique, il réduirait à néant ces élucubrations naïves et par trop fantaisistes. Toute jeune, face à lui, elle ne pèserait pas bien lourd ». La pensée dite rationnelle est limitée car elle exclut toute une dimension de la vie, pourtant essentielle.

– Pourquoi n’était-il pas prêt ? – Parce que c’était un savant, qui se proposait de tout expliquer par la logique, y compris l’inexplicable… Peut-être aussi parce que c’était un adulte. […] La vérité n’est pas toujours au bout de la pensée. Cela, les adultes l’acceptent rarement, tandis que les enfants le peuvent encore… parfois. 

« La dictature du temps » : le message politique de Corliande

La logique et l’utilitarisme confinent parfois à l’absurde. Dans le deuxième tome de Corliande, Serylia découvre une société d’automates qui ne vivent qu’en fonction du temps. Une véritable tyrannie est établie, où chacun(e) doit avoir une place attitrée et utile pour servir un pouvoir tout-puissant. Ces « serviteurs du temps » font penser à la mécanisation du temps qui a commencé avec l’ère industrielle. A travers l’obsession du temps de ces automates, Isabelle Nuffer critique le découpage du temps et l’automatisation du travail. Finalement, ne sommes-nous pas tous devenus des automates, à vouloir constamment être performants et utiles, culpabilisant dès que nous prenons le temps de souffler ?

J’ai particulièrement aimé cette histoire des automates, qui est une véritable fable politique, dénonçant avec finesse les inégalités sociales et la tyrannie du pouvoir à travers le regard perplexe d’un être qui n’a jamais rien vu de tel. Certains personnages rencontrés par Serylia sont particulièrement attachants. Dans ce monde souterrain dominé par le temps, l’espoir demeure, notamment à travers l’art, le chant et la musique. Le nain Thibaut, à mi-chemin entre Tyrion Lannister et Hamlet, nous livre une réflexion intéressante sur le rire et la possible dimension mécanique de ce dernier, qui permettrait de servir le pouvoir en ayant l’air de s’en moquer. A travers le rôle du bouffon et la figure du fou, un jeu de masques et d’illusions se met en place, délicieusement baroque mais aussi révolutionnaire.

[Le temps] était partout. On ne pouvait l’ignorer ou ne point s’y soumettre. Il n’était pas un geste, pas une activité qu’il ne gouvernât de quelque façon. Les plus favorisés des automates avaient pour tout devoir celui de se divertir, mais ils s’y conformaient par contrainte, et le faisaient en mesure, voire à heure fixe, ce qui, pour Serylia, semblait démontrer qu’au fond, ils étaient à peine plus heureux, présentant du bonheur une image trop parfaite pour n’être pas un leurre. […] Tout était tracé, découpé, organisé.

A travers la description des rois et de leur Cour, Corliande fait une critique non seulement des puissants de ce monde mais aussi du modèle absolu et hypocrite du luxe, qui n’est pas synonyme de bonheur mais qui voudrait le faire croire.

Dénonciation du culte de la beauté dans Corliande

La représentation du pouvoir dans Corliande déconstruit un autre mythe, omniprésent dans notre société au point de nous couper de tout bonheur : le culte de la beauté. L’histoire du roi Andrian souligne l’absurdité des injonctions pesant perpétuellement sur notre physique en poussant ces diktats à l’extrême. Dans un pays où le souverain est choisi non pour son sens de la justice mais pour sa beauté, le roi Andrian est élevé dans le but d’être une poupée de cire lisse et parfaite. Aucune émotion, aucun aléa de l’existence ne doivent l’atteindre sous peine de marquer son apparence physique. Isabelle Nuffer se livre à une amusante parodie des normes de beauté. Ainsi, le roi ne doit pas rire car cela donne des rides et ne doit pas tomber amoureux car l’amour n’est pas bon pour le contrôle de soi ni pour la ligne ! Vivant uniquement pour son physique, le roi se rend compte qu’il lui manque quelque chose. Il est lisse mais n’a pas d’étincelle intérieure.

Nous-mêmes vivons sous cette injonction perpétuelle. Les pressions intériorisées nous empêchent de vivre dans l’instant présent, de savourer pleinement l’existence. Nous ne pouvons profiter d’un bon repas ni d’une journée à la plage. Et si nous parvenons à oublier notre apparence, notre entourage ne tardera pas à nous rappeler à l’ordre, comme les conseillers du roi. « Non, décidément, « il n’y a pas de mal à vouloir être belle ». Mais il serait peut-être temps de reconnaître qu’il n’y a aucun mal non plus à vouloir être » conclut Mona Chollet dans Beauté Fatale. Le Roi Andrian, en quête de ce quelque chose qui lui échappe, se rend compte que le culte de la beauté l’empêche de vivre.

Comment avaient-ils été si aveugles ? Eux, qui avaient passé des années à inspecter chaque centimètre de son visage, de peur d’y rencontrer l’ombre d’un début de ride ou un semblant d’acné, l’avaient laissé grandir sans se rendre compte à quel point son regard était vide. D’un vide terrifiant. S’il semblait auréolé en permanence d’un halo resplendissant, tout au fond de lui, rien ne brillait !

La véritable beauté se situe ailleurs, dans le regard, dans les expressions pleines de vie d’une personne, dans sa manière d’être au monde. En se focalisant sur les détails (les rides, le poids, etc.), on fragmente la personne mais on ne voit pas l’essentiel. Heureusement, l’histoire du roi Andrian est à l’origine d’un changement radical de regard.

Une autre vision du monde : capacité à douter et ouverture d’esprit

A travers le regard de Serylia et Baltos, une vision différente du monde se met en place. Loin de nos injonctions virilistes à l’arrogance et aux certitudes, Corliande propose une sagesse basée sur la capacité à douter. Les sages du Pays des dieux, qui ne sont autres que des chats magnifiques, font l’éloge du doute : « Je ne puis rien affirmer. J’ai trop réfléchi, trop cherché pour ne pas connaître la valeur du doute ».

Dans Corliande, l’intelligence est synonyme d’ouverture d’esprit et de capacité à se remettre constamment en question. Le pays des « serviteurs du temps » apparaît comme une métaphore de la fermeture d’esprit, enfermant ses habitants dans un monde souterrain sans aperçu sur le monde ni sur d’autres manières de vivre.

Vous demeurez ici, enfermés dans un royaume sans ciel et sans soleil. N’avez-vous point envie de voir la terre et toutes ses richesses ? Vous découvririez bien autre chose que du vide et de l’opacité, toutes sortes de vies extravagantes et d’existences variées.

Il s’agit d’enlever ses œillères et de ne pas d’enfermer dans un système unique de pensée mais plutôt de s’ouvrir à la diversité du monde. Même les êtres les mieux intentionnés peuvent se cloîtrer dans une vision étroite s’ils ne se remettent régulièrement pas en question. D’où les débats incessants au sein du petit groupe de révolutionnaires du Pays des brumes. Celui-ci doit prendre garde à ne pas remplacer ses oppresseurs mais à réellement créer quelque chose de nouveau, à bouleverser les mentalités.

Il ne s’agit pas là simplement de mettre le monde à l’envers et de prendre la place des puissants. Ce bouleversement doit s’effectuer en chacun d’entre nous, et recommencer sans cesse, devenir en quelque sorte un état permanent. Il faut se baser sur lui pour construire, sans crainte, ultérieurement, de détruire, car l’ouvrage est de ceux qui n’ont pas de fin et qui, lorsque leurs fondations sont trop ancrées dans le sol, et lorsqu’ils sont trop achevés, ressemblent à s’y méprendre à des prisons.

Ce bouleversement de notre vision du monde va de pair avec un renversement des valeurs traditionnelles de la Fantasy.

Corliande, une quête pacifiste qui déconstruit les poncifs de la Fantasy

Notre pauvre monde où le masculin, du moins, ce qui est supposé tel, l’emporte systématiquement, n’a rien de plus spirituel et de plus civilisé à nous offrir que ces affrontements incessants, des plus dérisoires aux plus meurtriers.

Remise en cause des valeurs viriles et guerrières

Dans Corliande, la quête épique est inversée. Les habituelles valeurs guerrières et viriles ne sont plus de mise car seuls des êtres pacifistes et innocents, qui n’ont pas honte de leur vulnérabilité, peuvent réussir à changer le monde. Les deux Corliandais m’ont fait penser aux Hobbits dans l’œuvre de Tolkien, petits êtres joyeux et purs dans un monde guerrier facilement corruptible, seuls à pouvoir venir à bout d’une quête désespérée.

Le personnage de Baltos illustre parfaitement le conflit entre sensibilité masculine et injonctions de la pensée viriliste. Profondément pacifiste, le jeune Corliandais respecte la vie sous toutes ses formes et refuse toute mise à mort. Toutefois, lui-même peut tomber dans le piège du regard de l’autre. A travers l’épisode des ondins et de la pieuvre, Isabelle Nuffer questionne les notions de lâcheté et de courage. Ces jugements de valeur n’incitent-ils pas à une violence inutile, simplement pour prouver sa bravoure ? Le véritable courage ne serait-il pas de se connaître, de s’accepter et d’assumer ses valeurs ? La valorisation de la sensibilité et de l’authenticité se dessine à travers un personnage sauvé d’une mort certaine grâce à ses larmes. Le pouvoir des émotions et de la douceur est indéniable et la faculté de pleurer est présentée comme un atout, les émotions faisant naître des joyaux.

La déconstruction des valeurs viriles, si courantes dans la Fantasy, va de pair avec la dimension initiatique de Corliande. Baltos quitte l’enfance et devient un homme en assumant son pacifisme. Cette réflexion sur le lien entre masculinité et acceptation de sa vulnérabilité m’a fait penser aux propos d’Ursula Le Guin dans Tehanu, le quatrième tome de Terremer, où le héros se rend compte que devenir un homme n’est pas forcément lié aux valeurs guerrières. Dans Corliande, cette vulnérabilité est synonyme de liberté.

A présent, il se trouvait peut-être plus vulnérable, et moins riche, mais aussi plus libre. Et c’était là, pour un corliandais, un avantage d’une valeur inestimable. 

Réflexions sur la quête épique

Corliande offre une réflexion sur la quête épique. Ce sujet m’intéresse depuis que j’ai lu La Horde du Contrevent. Une quête destinée à découvrir la vérité est-elle souhaitable ? Les protagonistes d’une telle quête ne sont-ils pas voués au désespoir ? Au bout du voyage, la quête paraît souvent vaine, vide de sens. Synonyme de déception, elle a un goût amer.

Elle avait tant voulu ce voyage, tant espéré cette rencontre, n’envisageant que les obstacles ou les échecs possibles, qu’à la perspective de se trouver face à un vide le moment venu, elle sentait le monde s’effondrer sous ses pieds. Elle avait pensé à tout, sauf à cela. 

Finalement, le voyage est aussi important que la destination. Si la quête se révèle vide de sens, celui-ci peut être retrouvé dans le chemin parcouru, les êtres rencontrés et la découverte de soi. Au bout du compte, Serylia et Baltos trouveront peut-être ce sens dans l’acceptation même de l’absurdité.

Corliande est une belle découverte, d’une grande profondeur, à la fois conte merveilleux, métaphysique et politique. Mais cette trilogie est aussi une mise en abyme de la création littéraire, comme si les personnages avaient conscience d’être inventés mais continuaient à vivre une fois le livre refermé…

La trilogie d’Isabelle Nuffer m’a parfois fait penser à l’œuvre d’Ursula Le Guin, qui remet en question notre vision du monde et notre rapport à la lecture. Je vous invite tout particulièrement à découvrir La Main gauche de la nuit, roman de science-fiction qui bouleverse nos habitudes.

Luna de Serena Giuliano : un destin de femme sous le soleil napolitain

Encore une fois, Serena Giuliano fait mouche. Conquise par la lecture de Ciao Bella, je retrouve en Luna le même humour et la même humanité. Les sujets abordés par cette autrice et blogueuse franco-italienne touchent de nombreuses femmes à travers le destin d’une femme. Ce livre à la fois poignant et léger est une ode à Naples, un hommage à la vie, à l’amour et à l’amitié mais aussi une réflexion profonde sur les relations humaines et la résilience.

Résumé de Luna : la réconciliation d’une femme avec son passé

Luna revient à Naples, qu’elle n’a pas revue depuis des années, afin de se rendre au chevet de son père hospitalisé. Pleine d’hostilité envers sa ville natale, la jeune femme de 33 ans n’a qu’une seule hâte : repartir. Mais les souvenirs, les sensations et les émotions remontent à la surface. Au fil des pages, au rythme de la vie napolitaine, le voile se lève sur le passé, nous laissant entrevoir des souvenirs épars. Pourquoi Luna, qui adorait son père, n’a-t-elle plus revu celui-ci depuis des années ? Comment cette famille pauvre mais heureuse est-elle devenue riche et malheureuse ? Pourquoi, enfin, Luna et sa mère ont-elles quitté Naples du jour au lendemain ?

Mais Naples, c’est une chanson d’amour… Si tu sais l’écouter, elle te prend aux tripes, elle te console, elle te berce. Même si tu perds tout, tu auras toujours la richesse d’être née ici.

Serena Giuliano fait passer du rire aux larmes

Sous une plume légère, Serena Giuliano évoque des sujets profonds. L’air de rien, souvent avec humour et dérision, elle souligne avec finesse certains aspects de la condition humaine, notamment de la condition féminine. La gravité du passé contraste avec des scènes cocasses et les chagrins sont entrecoupés d’un café avec une voisine ou d’un repas animé entre amies. En déterrant peu à peu l’histoire familiale, « entre [sa] peine de petite fille et [sa] rage d’adulte », Luna révèle la complexité des relations humaines.

Parfois, on pense trouver le soleil en août, mais on trouve la lune en mars. 

Des messages sensibles et engagés dans Luna

Avec sensibilité, Serena Giuliano fait passer des messages : réflexion sur les maltraitances médicales et le respect des patients, relations toxiques, charge mentale des mères de famille, racisme et méchanceté gratuite envers les personnes différentes ; réflexions sur le féminisme et sur les inégalités sociales, sur la corruption de l’argent et sur la difficulté à assumer son homosexualité dans une société hétéronormée.

Je crois que le métier a justement besoin de médecins comme elle : empathiques, humains, à l’écoute. 

Luna prône l’authenticité et la probité comme valeurs à privilégier plutôt que le luxe et la richesse, tout en dévoilant les difficultés et les choix impossibles auxquels peuvent être confrontées des personnes défavorisées.

Enfin, apparaît la question du deuil : le deuil d’une relation qui a changé et d’une personne qui n’existe plus.

Mais Luna redécouvre aussi son amour pour Naples, à la fois passionnément aimée et détestée.

Luna, une déclaration d’amour à Naples

Dans Luna, livre plein de nostalgie et de joie de vivre, Naples est un personnage à part entière. Objet de colère et de rancœur tant elle est associée à des souvenirs douloureux, cette ville italienne apparaît dans toute sa complexité. S’adonnant à des traits humoristiques au sujet des habitudes napolitaines et de l’expressivité des Napolitains, la narratrice s’immerge dans un mode de vie convivial. Nous en découvrons les coutumes, entre paysages et beaux quartiers… sans oublier la nourriture ! Pizzas, pâtisseries, cafés… Inutile de dire que cette lecture donne faim ! Lieu de réconciliation et de résilience, Naples apparaît dans toute sa beauté, le Vésuve en arrière-plan.

Cette ville m’a fait tant de mal que la douleur m’a jusque-là aveuglée, empêchée de voir les nuances. J’ai voulu me défaire d’elle, de ma vie d’avant, mais je me rends compte que c’est impossible. Ce serait comme m’amputer des deux jambes. Revenir ici remet tout en question. C’est plus facile d’être loin, plus simple de haïr à distance. Sur place, mes racines me rattrapent, me clouent au sol et m’obligent à regarder ce que je ne voulais plus voir. Et tout n’est pas si laid. Tout n’est pas si noir. 

Histoire d’une femme, histoires de femmes

Luna est l’histoire d’une femme mais elle est aussi une histoire de femmes. Différents portraits de femmes apparaissent et des liens se créent, des personnes se croisent, entre vieilles amitiés et nouvelles rencontres. Les belles relations permettent de faire face aux mauvais moments et de conserver sa joie de vivre malgré les drames. Luna est un livre sur l’amitié, l’amour et la sororité.

J’y vois plus clair quand elles sont là. C’est ça, l’amitié, je crois. 

Ce nouveau livre de Serena Giuliano m’a profondément touchée. Agréable à lire et plein d’émotions, il m’a souvent fait passer du rire aux larmes.

Luna est l’histoire d’une femme, l’histoire d’une ville. L’histoire d’un amour, celui de Luna pour cette ville.

Je suis arrivée en colère. En colère contre mon père, en colère contre cette ville, et en colère contre moi-même aussi. […] Elle a besoin d’amour, cette ville. D’aide aussi, c’est vrai. Mais elle est comme chacun de nous, finalement : on a tous un côté sombre. Les Napolitains mettent de la couleur, de la bonne humeur, des chansons et de la bouffe par-dessus les problèmes. Non pas pour les masquer, mais parce qu’ils ont, depuis des lustres, appris à cohabiter avec eux.

Si vous aimez les destins de femmes, je vous conseille également le magnifique roman d’Anna Logon L’Acier et la soie, qui relate la révolte d’une femme de la fin du XIXe siècle dans le contexte industriel (lien ici pour lire mon article).

L’Acier et la soie : la « révolte étranglée » d’une femme au 19ème siècle

L’Acier et la soie d’Anna Logon est un roman d’une grande profondeur. A travers le regard d’une héroïne courageuse à la recherche de son identité, nous découvrons les enjeux historiques et politiques de la fin du 19ème siècle, en pleine révolution industrielle. La condition féminine est évoquée avec finesse sous tous ses aspects, posant la question des identités féminine et masculine. A la fois roman historique, féministe et d’aventure, ce livre nous transporte dans divers pays et milieux sociaux mais, surtout, au cœur de l’humain.

Résumé de L’Acier et la soie

Fille d’un riche industriel, Charlotte est fascinée par l’industrie dès son plus jeune âge. Curieuse et intelligente, elle est captivée par le monde et suit avec passion les leçons de son précepteur. L’Exposition Universelle de 1878 est pour elle une révélation ; admiratrice de Gustave Eiffel, la jeune fille décide de travailler à son tour dans l’industrie. Mais les codes de la société du 19ème siècle ne permettent pas à une femme de s’affirmer au-delà de son rôle d’épouse et de mère, encore moins d’exercer un métier d’homme. Charlotte ne s’avoue pas vaincue pour autant ; s’il faut être un homme pour exister, elle se déguisera en homme. La jeune femme devra faire face à de nombreux obstacles, à commencer par l’hostilité de sa famille et les traumatismes de la condition féminine. Nous suivons les pas de cette héroïne audacieuse dès l’enfance et vivons à travers elle les divers maux que peut endurer une femme mais également la résilience dont elle peut faire preuve.

A la découverte du monde : L’Acier et la soie est un roman d’aventures aux allures d’épopée moderne

A travers les aventures de Charlotte, L’Acier et la soie prend parfois des allures d’épopée moderne. Le roman nous fait voyager dans de nombreux pays, en France, bien sûr, mais aussi en Chine, en Russie, aux États-Unis, et donne un aperçu culturel fascinant de ces derniers. Mais Charlotte ne se satisfait pas du point de vue conquérant et dominateur de son entourage et découvre réellement la vie en s’enfonçant dans la nature, dans les petites rues, au cœur de la vie humaine.

Non seulement Anna Logon est extrêmement bien documentée mais les différents modes de vie évoqués deviennent palpables sous sa plume. Nous en sentons les odeurs, nous en savourons le goût. Comme Charlotte, nous faisons l’expérience de la vie parisienne, des voyages en bateau, de la découverte de New-York et de Philadelphie.

L’Acier et la soie balaie différents milieux sociaux. De la bourgeoisie à la précarité d’une vie parisienne bohème, du monde des grands industriels aux milieux intellectuels américains, Charlotte découvre la vie sous toutes ses formes en se cherchant elle-même. J’ai lu le livre d’Anna Logon comme une épopée à travers divers milieux, divers pays, diverses expériences de vie.

J’ai particulièrement aimé la peinture de la vie parisienne, du charme d’une vie tour à tour insouciante et préoccupée par la précarité financière, la découverte de Paris, les rencontres, les péniches, les quais parisiens… sans oublier un tableau réaliste de la pauvreté de la ville, qui est l’envers de la politique d’Haussmann. L’Histoire se mêle à la vie des personnages et nous découvrons une époque à travers l’expérience, les sensations et les ambiances.

A l’écart des riches avenues, les étroites ruelles et façades chancelantes de misère regorgeaient d’une foule morne, pâle, maigre, couverte d’injures et de boue. Une tourbe poisseuse et poussive qui naissait, vivait et mourrait dans un cloaque immonde. Sinistres bas-fonds puants de douleurs, qu’un Paris léger et vaniteux ignorait. Ce n’était pas de ce Paris-là que Charlotte se souvenait. Cette masse d’ombre, passant sans avoir été, escamotait ses souvenirs ensorceleurs des fastes de l’Exposition Universelle de 1878, la féérie électrique sur l’avenue de l’Opéra et la magnificence des monuments. En une journée, cette ville gargantuesque devenait l’effroyable capitale qui dévorait les plus démunis.

Progrès et misère : une évocation nuancée de la révolution industrielle dans L’Acier et la soie

L’Acier et la soie nous fait entrer dans une période de tension entre progrès technique et revendications sociales. A travers le destin de personnages souvent emportés par le flux de l’Histoire, Anna Logon évoque les enjeux de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème. La lectrice/le lecteur se retrouve immergé(e) au cœur des problématiques de cette époque troublée. Si les souvenirs de la Commune et de la défaite de Sedan sont encore présents, de nouvelles préoccupations voient le jour, tels que les complots monarchistes et bonapartistes, les attentats anarchistes et les révoltes d’ouvriers. Le capitalisme se développe à tout allure, de même que les mouvements sociaux et révolutionnaires.

Si L’Acier et la soie met en scène une héroïne fascinée par l’industrie et le progrès, ce roman ne tombe pas dans la facilité d’un point de vue unilatéral. La vision de la révolution industrielle est au contraire très nuancée. Nous assistons au développement de l’industrie mais aussi aux injustices sociales et à la « méchanceté d’un monde présumé moderne ». D’abord fascinée par le fameux American Dream et par l’optimisme d’un Nouveau Monde synonyme de liberté, Charlotte en constate bientôt les limites :

Ainsi, le Nouveau Monde s’avérait capable du meilleur comme du pire. Aucune recette miracle, on retrouvait les mêmes ingrédients qu’en Europe. Juste en plus grandes quantités. La misère pouvait être aussi monstrueuse que les richesses démesurées. La situation n’était guère favorable à l’embauche des hommes, encore moins des femmes.

L’Acier et la soie, ou la lutte d’une femme pour exister dans un monde d’homme

« Une femme ? Dans l’industrie ? Quelle ironie ! »

L’Acier et la soie est avant tout l’histoire de la lutte d’une femme contre la société et contre sa propre famille. Ce roman féministe dépeint avec une finesse psychologique remarquable les différentes injustices que pouvait vivre une femme du 19ème siècle. Ces dernières sont d’autant plus flagrantes que le roman met en parallèle Charlotte, studieuse, brillante et responsable, et son frère Hubert, capricieux et indiscipliné, qui devient un homme de pouvoir tout aussi inconséquent mais tout-puissant. Éduquée dans le but d’être une épouse distinguée, Charlotte voit son idiot de frère accéder à ses rêves les plus fous grâce à son nom, son héritage et son sexe. Elle est réduite à « se taire, faire le dos rond ». Affirmer ses opinions, ses émotions ou ses rêves revient à de l’insolence aux yeux masculins. Au point d’être contrainte de rejeter sa féminité pour exister aux yeux d’une « société faite par et pour les hommes ».

Le refus de la condition féminine dans L’Acier et la soie

« Cette journée ne fut qu’un cri ». La première scène du livre n’est pas anodine, s’ouvrant sur l’effroyable mort de la mère de Charlotte en accouchant. Lors de ses premières règles, ce souvenir reviendra à notre héroïne, qui refuse d’accepter la condition féminine. Cette dernière est associée à un accouchement sanglant, à des règles douloureuses et considérées comme honteuses, à l’amour sans consentement, à la procréation. « Bonne qu’à la lessive et à écarter les cuisses », la femme en vient même à considérer le viol comme une « sempiternelle histoire qui se répète de mère en fille ». En lisant ce roman, je savais que le 19ème siècle était l’une des pires époques en matière de condition féminine. Pourtant, je n’ai pu m’empêcher de trouver des échos avec notre époque, qui évolue, certes, mais où de telles expériences et mentalités sont encore parfois d’actualité.

Était-il prétentieux de ne pas vouloir borner son existence à ce que ce monde bien-pensant lui réservait ? Pourquoi s’enfermer dans un conformisme aux périmètres hommes-femmes écrits d’avance ? Dépasser les strictes frontières, braver l’interdit. Être l’enfant cabochard et rebelle qui franchira la porte close, coûte que coûte, surtout si l’index autoritaire se lève et l’admoneste. Au fond de sa gorge, Charlotte gardait ce goût amer de l’exclusion.

Ni homme ni femme

Anna Logon offre une réflexion nuancée sur la féminité et la masculinité. Malgré la dénonciation de la condition féminine, Charlotte n’adhère pas aux codes masculins pour autant. Cela donne lieu à un conflit intérieur très intéressant entre l’homme et la femme en elle. Souhaitant « être Charles sans pervertir Charlotte », elle se sent emprisonnée dans un costume qui nie sa personne. Satisfaite ni par la condition féminine ni par l’attitude virile et arrogante des hommes du milieu industriel, Charlotte s’interroge : « Quel corps pour habiter son esprit ? »

La résilience d’une femme courageuse

L’Acier et la soie est une quête identitaire. Charlotte n’arrive pas à se définir par des genres dont les codes sont dictés par une société binaire et viriliste. Perpétuellement en recherche d’elle-même, notre héroïne ne cesse de se transformer, d’évoluer, de se perdre et de se retrouver. Les carcans féminin et masculin oppriment sa liberté, sa révolte.

Charlotte ressentit soudainement une énorme bouffée de chaleur. Elle remontait de l’estomac, lui gonflait les poumons, puis traversait sa gorge. Soudain, Charlotte respirait la liberté pour la première fois, Elle aurait voulu retenir ce cri venant de l’intérieur. Il sortit d’un coup, explosif et long, telle une insolence comprimée depuis trop d’années.

L’Acier et la soie insiste sur la nécessité de désapprendre pour devenir, afin de se réapproprier soi-même, de redevenir soi. Finalement, la liberté n’est pas synonyme d’une attitude égoïste rejetant tout attachement mais consiste plutôt en la connaissance de soi-même. Charlotte se construit au fil de ses expériences et des hommes et des femmes croisé(e)s sur son chemin.

Elle avait compris que la vie ne pouvait être programmée, on pouvait perdre insouciance et rêves d’enfant en chemin, et peut-être, les retrouver plus loin au gré des rencontres, parfois différents. S’enrichir toujours des expériences, de leur intensité, celles qui font quelquefois courber l’horizon dans un silence imperceptible.

J’ai été profondément émue par la lecture de L’Acier et la soie. J’ai été indignée, révoltée, triste, joyeuse et j’ai pleuré, tremblé et rêvé avec Charlotte. Ce roman est historiquement passionnant mais il d’autant plus touchant qu’il parlera à toutes les femmes de toutes les époques.

Si vous vous intéressez au genre dans la littérature, vous aimerez également La Main gauche de la nuit d’Ursula Le Guin, où le héros découvre une planète dont les habitants ne sont ni des femmes ni des hommes mais des êtres asexués.

Si vous vous intéressez au féminisme, je vous invite à lire mon article sur la figure de la sorcière.

« Les petites-filles des sorcières que vous n’avez pu brûler » : la figure de la sorcière à travers 7 livres

Les sorcières sont de retour. Sur les réseaux sociaux, dans les livres, les films et les séries, la sorcellerie est désormais à la mode. Pourchassées et exterminées au début de l’ère moderne, ces femmes injustement accusées de pactiser avec le diable sont désormais réhabilitées au point que des mouvements féministes se réapproprient la figure de la sorcière. Celle-ci apparaît comme une femme libre, indépendante, proche de la nature et des animaux, ayant une connaissance approfondie des plantes et pratiquant une spiritualité hors des cadres dogmatiques. La littérature s’est emparée de cette image et la décline sous diverses formes. Les livres évoqués ici apportent chacun un éclairage différent sur la sorcière.

Le livre le plus déjanté : Trois Soeurcières de Terry Pratchett

Trois Soeurcières est un roman délirant dans lequel Terry Pratchett parodie Macbeth de William Shakespeare, tout en faisant parfois référence à Hamlet. Nous retrouvons de nombreux personnages, thèmes et motifs shakespeariens : le fantôme du roi assassiné condamné à errer tant qu’il n’a pas accompli son destin ; l’usurpateur à la conscience tourmentée et aux mains tâchées de sang ; la figure du fou ; le royaume malade qui souffre de la corruption de ses dirigeants ; le monde à l’envers et les manifestations surnaturelles qui caractérisent le mal-être ambiant… et, bien sûr, les trois sorcières.

Mais tous ces éléments shakespeariens sont détournés de manière humoristique. Les sorcières deviennent les héroïnes burlesques et attachantes de cette farce savoureuse, ce qui illustre bien le renversement de l’image de la sorcière qui, de maléfique, devient sympathique. Je conseille tout particulièrement ce livre à celles et ceux qui connaissent les œuvres d’origine, afin de mieux en apprécier les références.

Le vent, l’orage et les éclairs… Tout cela dans l’horreur d’une profonde nuit. Une de ces nuits, peut-être, où les dieux manipulent les hommes comme des pions sur l’échiquier du destin. Au cœur des éléments déchaînés luisait un feu, telle la folle dans l’œil d’une fouine. Il éclairait trois silhouettes voûtées. Tandis que bouillonnait le chaudron, une voix effrayante criailla : « Quand nous revoyons-nous, toutes les trois ? » Une autre voix, plus naturelle, répondit : « Ben, moi j’peux mardi prochain. »

Le livre le plus étrange : L’adaptation de Sacrée Sorcières de Roald Dahl en bande dessinée par Pénélope Bagieu

Pénélope Bagieu a adapté le célèbre Sacrées Sorcières de Roald Dahl en une très belle bande dessinée. Dans ce livre, une grand-mère met son petit-fils en garde contre les sorcières, qui « ne sont pas des femmes » mais qui ont « l’apparence de n’importe quelle femme ». Elles sont partout et leur but ultime est de faire disparaître tous les enfants de la Terre. Comme le souligne Céline du Chéné dans Les Sorcières, une histoire de femmes, Sacrées Sorcières reprend l’idée que, parmi nos connaissances, s’infiltrent des individus à l’apparence ordinaire mais qui sont en fait maléfiques. Or, cette croyance a été à l’origine de la grande théorie du complot qu’a été la chasse aux sorcières et qui a permis l’extermination d’un nombre inimaginable de femmes. Ce n’est pas là le propos du roman de Roald Dahl ni de la bande dessinée de Pénélope Bagieu mais cela témoigne de tout un arrière-plan historique qui sous-tend toute représentation des sorcières.

Dans Sacrées Sorcières, Le petit garçon, orphelin, vit désormais avec sa grand-mère excentrique. Grâce aux avertissements de cette dernière, il saura reconnaitre de vraies sorcières et peut-être même déjouer leurs plans. Ce livre est drôle, tendre et sombre. Les illustrations, à la fois inquiétantes et amusantes, recréent à merveille l’ambiance du conte noir de l’écrivain britannique.

Elles sont partout ! Elles vivent dans tous les pays du monde. Elles s’habillent normalement, elles ont des amis, des métiers normaux… Voilà pourquoi elles sont si difficiles à repérer ! Mais ce qu’elles ont TOUTES en commun, c’est leur dégoût, leur détestation, leur haine viscérale des enfants !!

Le livre le plus ésotérique : Âme de Sorcière, ou la magie du féminin d’Odile Chabrillac

Âme de Sorcière est un essai présentant la figure de la sorcière comme un modèle d’inspiration et offrant des pistes pour « expérimenter une féminité libre, puissante et bienveillante ». Il se découpe en 3 parties, abordant d’abord la sorcellerie d’un point de vue historique. Il rappelle le contexte des chasses aux sorcières puis l’évolution de la figure de la sorcière, jusqu’aux mouvements féministes des XXe et XXIème siècles. Odile Chabrillac s’inspire ensuite des sorcières pour présenter les manières de se réapproprier sa féminité, en abordant des thèmes tels que le retour au corps, qui a longtemps été nié, le cycle menstruel, la nudité, la sexualité, la nature, la figure de la guérisseuse, puis l’intuition, les synchronicités et la spiritualité. La troisième partie se développe comme un manuel d’initiation en proposant « Huit clés pour mettre plus de magie dans sa vie ».

J’ai beaucoup aimé l’avant-propos et la partie historique, étant passionnée par l’Histoire et par l’évolution de l’image de la sorcière à travers le temps. En revanche, la suite de l’essai m’a laissée mitigée. Les nombreuses pistes proposées, tout en revendiquant une émancipation vis-à-vis de la norme, semblent par moment créer de nouvelles injonctions, notamment en matière d’amour et de sexualité, au point qu’Odile Chabrillac se sente obligée de préciser que « la question n’est pas de créer une nouvelle norme, une injonction inverse » et que « la liberté est d’être qui l’on est ». Certains passages ne sont pourtant pas dans cet état d’esprit, ce qui est dommage.

Certains sujets m’ont intéressée, tels que l’enracinement, le respect et la bienveillance envers soi-même. Toutefois, je ne me suis personnellement pas retrouvée dans la dimension spirituelle et chamanique ni dans les rituels proposés. Je conseille donc ce livre aux personnes s’intéressant plutôt à la dimension ésotérique de la sorcellerie.

C’est la peur qui nous a si longtemps maintenues sous tutelle, celle de ne pas oser demander, de déborder, de ne pas assumer ses désirs ni sa volonté. Il s’agit d’être au monde de manière qui fait sens pour soi. […] La liberté, c’est paradoxalement d’accepter de ne pas savoir ce qui va se passer. C’est reprendre le chemin des écoliers tout en se laissant initier par la vie. C’est davantage se fier à sa boussole intérieure plutôt qu’aux avis des autres, car eux réagissent avec leurs peurs, leur histoire, leurs conditionnements, leurs envies et leur jalousie aussi, ce que l’on appelle en psychologie « leurs projections ». Ils ne savent finalement pas grand-chose en ce qui nous concerne. 

Le livre le plus esthétique : Les Sorcières, une histoire de femmes de Céline du Chéné

Ce beau livre s’inspire de la série documentaire « Sorcières », diffusée par France Culture en 2018. Les Sorcières, une histoire de femmes mêle images, tableaux, photographies et textes et retrace l’évolution de la figure de la sorcière à travers les siècles. Il s’appuie sur diverses disciplines et se divise en 4 chapitres : La chasse aux sorcières (Histoire), La sorcellerie (anthropologie), Figures de sorcières (arts), Sorcières politique et féministes.

Cet ouvrage très riche rappelle que les chasses aux sorcières n’ont pas eu lieu au Moyen Âge mais au début de l’ère moderne, commençant un long processus de réappropriation masculine des manières de penser et du monde du travail, marginalisant le savoir féminin, notamment dans le domaine médical. Nous y retrouvons la figure de la sage-femme et de la guérisseuse, la crainte vis-à-vis des femmes célibataires, veuves ou sans enfants, et la peur obsessionnelle des hommes de perdre leur virilité. Le lien est fait avec un contexte religieux et politique tendu, où les théories du complot recherchent de nouveaux boucs émissaires.

Différentes facettes de la sorcellerie sont évoquées : proximité avec la nature et les animaux, connaissance des plantes, ésotérisme et chamanisme. La partie réappropriation politique de la figure de la sorcière m’a particulièrement intéressée. En se réappropriant des accusations inventées de toutes pièces, ces mouvements modernes valorisent la liberté féminine au travers des luttes féministes, écologiques, anticapitalistes et anti patriarcat, s’inscrivant souvent dans une pensée néopaïenne et dans la construction d’une spiritualité en-dehors de tout dogmatisme. Ce livre est passionnant mais non exhaustif. Je l’ai trouvé plutôt descriptif et j’aurais peut-être aimé davantage d’analyses. Il reste toutefois un très beau livre.

En se désignant « sorcière », Starhawk réunit en elle le féminisme, une tradition spirituelle et une dimension politique militante, anticapitaliste et environnementale. Elle s’inscrit dans le mouvement écoféministe qui met en parallèle deux formes de domination, celle des hommes sur les femmes et celle des humains sur la nature.

Le livre le plus politique : Sorcières, la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet

La Lecture de Sorcières n’est pas de tout repos ! Elle fait réfléchir, indigne et peut faire remonter des souvenirs désagréables. Je n’ai pas adhéré à la totalité de cet essai mais la lecture du dernier chapitre, « Mettre ce monde cul par-dessus tête », m’a vraiment parlé, voire émue !
Après une introduction historique passionnante, où Mona Chollet souligne que la répression des femmes accusées de sorcellerie, au début de l’âge moderne, a considérablement influencé notre manière de penser, l’autrice annonce que son livre parlera de l’héritage de la chasse aux sorcières dans notre société.

Sorcières se développe en 4 axes : la stigmatisation de la femme indépendante et célibataire ; la méfiance vis-à-vis des femmes sans enfants ; l’image repoussante de la vieille femme ; l’association entre domination de la femme et domination de la nature pour aboutir à un système de pensée cartésien où le corps et les émotions sont dévalorisés.
J’ai parfois été mitigée et n’ai pas toujours adhéré aux analyses de Mona Chollet, peut-être en raison d’une différence générationnelle qui fait que certaines normes ont évolué.
Le chapitre sur l’indépendance des femmes m’a laissée sur ma faim car elle parle surtout du mariage, alors que l’injonction du couple dépasse ce cadre-là, les filles subissant très jeunes cette pression. J’ai trouvé certains sujets moins approfondis que d’autres. Toutefois, ces réflexions intéressantes sont source d’enrichissement intellectuel.

J’ai particulièrement aimé le passage sur la dévalorisation des femmes intellectuelles qui ne rentrent pas dans les normes, ainsi que la dernière partie faisant le lien entre chasse aux sorcières, haine des femmes, pensée rationnelle et maltraitances médicales. Le livre se termine en beauté sur l’espoir d’une évolution vers un monde différent.

On assiste à un grand mouvement collectif pour tenter de renverser le rapport de force, d’imposer la prise en compte de la subjectivité et du vécu des femmes, de subvertir enfin les mille ruses rhétoriques qui permettent de minimiser sans cesse les violences qu’elles subissent. Les récits des autres persuadent chacune de sa propre légitimité à refuser certains comportements […], en faisant taire la petite voix qui jusque-là disait « Mais non, c’est toi qui es trop sensible, trop pudique, trop douillette… »

Tout à coup, avec cette parole et avec mille autre, on pressentait à quel point le monde vu par les femmes était différent du monde que l’on nous vend tous les jours. Ce que l’on désignait par la formule convenue « libération de la parole » avait presque l’effet d’un sort, d’une formule magique, déchaînant orages et tempêtes, semant le chaos dans notre univers familier. Les grands mythes de notre culture tombaient comme des dominos et ceux qui, sur les réseaux sociaux, nous prêtaient une volonté de censure quand nous relayions ces changements de perspective brutaux trahissaient sans doute leur affolement de sentir le sol se dérober sous leurs pieds. […] Contrairement à eux, je vivais cet effondrement comme une libération, une percée décisive, comme une transfiguration de l’univers social. On avait l’impression qu’une nouvelle image du monde luttait pour advenir.

Le livre le plus fort et émouvant : Circé de Madeleine Miller

Le roman de Madeleine Miller réécrit le mythe de la magicienne Circé en faisant d’elle une sorcière moderne, féministe et indépendante. Fille d’Hélios et d’une nymphe, Circé vit au cœur du royaume de son père, parmi les dieux. Mais sa famille la rejette car son physique est atypique et son caractère est plus humain que divin. Sensible, empathique et indépendante, la déesse ne se retrouve pas dans les fêtes et les intrigues divines. Finalement exilée sur une île, au cœur de la nature et entourée d’animaux, Circé apprend à connaître ses pouvoirs.

Nous revivons à travers ses yeux certains passages de L’Odyssée et recroisons avec plaisir le chemin de nombreuses figures mythologiques : Médée et Jason, Ariane et le minotaure, Scylla, Ulysse, Pénélope, Télémaque… Circé pratique une sorcellerie en harmonie avec la nature, les saisons et les plantes. Féministe, elle cherche sa place en tant que femme sans jamais s’enfermer dans les stéréotypes féminins ou masculins et montre aux hommes que le monde n’est pas forcément ce qu’ils croient.

Cette sorcière qui s’émancipe de la culture des dieux, où elle n’avait pas sa place, rappelle l’opposition entre nature et culture. Or, comme le rappelle Mona Chollet, la chasse aux sorcières a marqué le début de la volonté de domination de l’homme sur la nature. Au nom de la raison et de la pensée cartésienne, la nature et la femme sont considérées comme inférieures. En rétablissant une harmonie avec les éléments, les animaux et les plantes, Circé réhabilite l’irrationnel et rejette la culture classique pour un mode de vie moins luxueux mais plus authentique et respectueux de la nature. Pour toutes ces raisons, cette réécriture du mythe de Circé peut s’inscrire dans les idées de l’écoféminisme. Son héroïne apparaît comme une sorcière moderne, mouvante, en opposition avec des dieux classiques immobilisés dans leur immortalité : « Jadis, je pensais que les dieux étaient le contraire de la mort, mais je vois maintenant qu’ils sont plus que morts, car ils sont immuables et ne peuvent rien tenir entre leurs mains ».

Circé est un roman bouleversant, dont l’héroïne est magnifique : forte, sensible, puissante, empathique et profondément humaine.

J’avais envie qu’ils viennent. De les voir ouvrir de grands yeux quand je pénétrais dans l’antre des loups, nageais dans les eaux où se nourrissaient les requins. […] Avais-je vraiment craint des créatures pareilles ? Avais-je passé dix mille ans à me cacher dans mon trou de souris ? […] Eh bien ? Qu’as-tu à me dire ? Tu m’as jeté en pâture aux corbeaux, mais il se trouve que je les préfère à toi.

A l’arrivée du premier équipage, j’étais une pauvre chose désespérée, prête à se pâmer devant tout ceux qui lui souriraient. A présent, j’étais une cruelle sorcière. […] Serais-je une pauvre petite chose pleurnicharde ou une garce ? Une mouette stupide ou un vilain monstre ? Il ne devait pas y avoir que ces deux possibilités.

Le livre le plus célèbre : Harry Potter de J.K. Rowling

La saga Harry Potter diffère sans doute des livres cités plus haut car elle ne reprend pas la figure de la sorcière à proprement parler. Toutefois, cette série de romans a contribué à faire entrer l’image de la sorcière dans un imaginaire positif et a permis à de nombreuses lectrices de s’identifier, de grandir et d’évoluer au contact des personnages. Hermione est particulièrement significative : curieuse, intelligente, volontaire, elle sort du lot et diffère des personnages féminins habituels. Contrairement à ces derniers, elle n’est pas caractérisée par sa beauté mais se définit par son intelligence, par son discernement et sa compréhension des émotions humaines. D’une curiosité insatiable, comme la sorcière traditionnelle, Hermione n’hésite pas à aller plus loin dans le savoir, ce qui ne manque pas de déranger certains personnages masculins. Or, la chasse aux sorcières avait pour but d’éloigner les femmes du savoir et de les reléguer à un rôle de subalterne. Hermione ose prendre la parole et affirmer son savoir et n’hésite pas à transgresser les règles quand il s’agit de défendre ses valeurs.

On peut donc voir en ce personnage moderne une dimension féministe et l’on peut y retrouver certains traits traditionnellement attribués à la sorcière. Le nombre de jeunes filles ayant grandi en voyant en Hermione une figure d’identification montre bien le pouvoir d’une telle représentation. Comme le dit Mona Chollet, nous avons besoin de modèles. J.K. Rowling nous donne, à travers ce personnage, la possibilité d’un modèle différent, celui d’une fille avant tout intelligente, libre, sensible et forte.

Très bien ! dit soudain Hermione.
Elle se leva, rangea son livre et mit son sac sur l’épaule en manquant de faire tomber Ron de sa chaise.
– Très bien ! répéta-t-elle. Je laisse tomber ! Je m’en vais !
A la grande stupéfaction de toute la classe, Hermione s’avança vers la trappe grandes enjambées, l’ouvrit d’un coup de pied et descendit l’échelle. 

Si vous aimez Harry Potter, vous pouvez lire mon article sur la dualité et l’ennemi intérieur dans la saga de J.K. Rowling ici.

La figure de la sorcière m’a attirée très jeune. Je n’adhère pas forcément à toutes ses facettes ni à toutes les idées évoquées ci-dessus. Toutefois, j’aime la remise en cause des normes et la nouvelle manière de voir les choses qu’implique la sorcière. La fameuse « libération de la parole » a fait écho en moi à des pensées, un vécu, à une révolte face à une certaine norme dès mon plus jeune âge. Je croyais ne pas être de mon temps ; il suffisait d’attendre quelques années. La sorcière rejoint une révolution de la pensée, une révolution du regard. Elle est synonyme d’émancipation, de sensibilité et d’harmonie. C’est pourquoi j’aime particulièrement cette citation du Manifeste de WITCH que Mona Chollet a placée au début de son essai :

Inutile d’adhérer à WITCH. Si vous êtes une femme et que vous osez regarder à l’intérieur de vous-même, alors vous êtes une sorcière.

Si vous souhaitez lire un livre mettant en scène le pouvoir de résilience de femmes à la fois fortes et sensibles, je vous conseille fortement le magnifique Dans La Forêt de Jean Hegland. C’est une lecture passionnante et émouvante dont on ne sort pas indemne.

Lire une histoire à votre enfant est bénéfique pour son bien-être et son développement

« Faire lire un enfant, ce n’est pas emplir un vase, c’est allumer un feu. » (Montaigne)

La lecture est bénéfique pour votre enfant, son bien-être émotionnel et son développement intellectuel. Ce moment partagé dans le calme du foyer renforce l’affection qui vous unit. Les livres stimulent son imagination et sa créativité, lui enseignent l’empathie et l’écoute de ses propres émotions. La lecture de l’histoire favorise un double apprentissage, transmettant vos valeurs tout en enrichissant le vocabulaire de votre enfant.

La lecture de l’histoire, un moment de partage qui développe la créativité

La lecture crée du lien entre l’enfant et l’adulte, apportant tendresse et affection. Les psychologues insistent sur l’importance d’un moment consacré à la lecture, où le parent et l’enfant sont disponibles et réceptifs. L’idéal est d’instaurer une routine de lecture, notamment au coucher de l’enfant. Il s’agit d’être attentif à ses réactions, de reconnaître ses préférences, de lui donner de l’importance. En participant à l’histoire et en réagissant aux illustrations, votre enfant développe sa créativité.

La lecture est propice à l’apprentissage du langage et de la vie

La lecture de l’histoire familiarise le jeune enfant avec la structure d’un récit et le rythme de sa langue maternelle. Si votre enfant insiste pour relire le même livre, pas d’inquiétude ! La répétition et la régularité enrichissent son vocabulaire.

Les livres influencent la vision de la vie et la construction des valeurs de votre enfant. C’est le moyen idéal de lui transmettre un message, qu’il s’agisse de valeurs vous tenant à cœur (écologie, tolérance) ou de préoccupations quotidiennes (la rentrée des classes, un anniversaire, la naissance d’une petite sœur).

La lecture favorise l’empathie et la compréhension des émotions chez l’enfant

L’identification avec les personnages du livre permet à l’enfant de mettre des mots sur ses propres émotions. Il réalise qu’il n’est pas le seul à vivre tel événement ou à éprouver telle émotion. Certains livres sont propices au développement de l’empathie chez l’enfant, lui apprenant à interagir avec son entourage dans le respect de l’autre et de son propre ressenti.

Un nombre croissant d’albums pour la jeunesse enseignent la bienveillance. J’aime particulièrement Tu es comme tu es d’Olivier Clerc, qui enseigne la communication non-violente aux enfants… et aux adultes par la même occasion !

Bêtisier de la création de l’article

Si vous aimez la littérature jeunesse, je vous invite à lire mon article sur Harry Potter 🙂

Le Rosier de Julia : magie de l’enfance, sensibilité et amour vrai

Le Rosier de Julia de Frédéric Doillon met en valeur la sensibilité et la simplicité. Ce récit, à la fois nouvelle et conte moderne, nous emmène auprès de Julia, jeune fille proche de la nature et des animaux. Sa rencontre avec un petit rosier changera sa vie. Les symboles de ce livre raviveront votre âme d’enfant et vous rappelleront la puissance de l’amour et de la résilience.

Une petite fille adopte un « bébé rosier », incarnation du paradis perdu de l’enfance

Julia est une petite fille amoureuse des plantes et des animaux. Elle coule des jours paisibles dans « La Maison du Bonheur » qui, telle l’Arche de Noé, abrite divers animaux. Le jardin paradisiaque regroupant diverses plantes est un véritable Eden, où Julia savoure « le bonheur simple d’être là » et « ces petits riens de la vie, qui sonnent comme des trésors ». Un jour, alors que sa mère choisit de splendides rosiers au marché, Julia remarque une petite branche rabougrie, « une branche de rien du tout […] sans vie ou presque ». Julia n’a alors qu’une idée en tête : sauver ce « bébé rosier ». Quand elle est contrainte de quitter le paradis de l’enfance, son rosier sera sa seule compagnie, son refuge, sa force cachée, symbole d’un émerveillement et d’une sensibilité que le monde des adultes ne parviendra pas à lui arracher.

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Sensibilité et pureté d’âme : les symboles du rosier de Julia

Le petit rosier de Julia, que personne ne remarque mais qui s’épanouit au contact de la fillette et qui se nourrit de ses larmes, est à la fois symbole de sensibilité et du « moi » profond de chaque être. Arrachée d’un coup à son enfance pour rejoindre un monde froid et indifférent, Julia dissimule son rosier contre son cœur, jusqu’à ce que ce dernier ne fasse plus qu’un avec elle. Protégé, caché tel un trésor précieux, il demeure présent même s’il ne fleurit pas, attendant son heure peut-être. Incarnant la pureté d’âme de la jeune fille ainsi que sa capacité de résilience malgré la dureté d’une vie oppressante qu’elle est contrainte de subir, le rosier se contente d’exister à défaut de pouvoir s’épanouir à l’air libre, se rétractant dès qu’on l’approche.

« Elle avait compris, avec le temps, que l’image de son rosier, fugace, traversait l’esprit des gens comme un rêve doux, une illusion pleine de soleil, en laissant sur leurs lèvres des sourires enchantés. Elle avait ce don créateur de vie, qui ressuscitait les arbres morts et les fleurs fanées, illuminait les regards et attendrissait les cœurs les plus durs. Son seul regret était de constater qu’elle n’avait pas d’emprise sur sa propre famille ».

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Fragilité, force et résilience du rosier : une variante de la fable du chêne et du roseau

Le rosier de Julia me fait penser à la fable du chêne et du roseau. Fragile, invisible à côté des rosiers splendides qui lui font de l’ombre, il se développe tout en douceur, tout en discrétion. Le rosier devient le reflet de Julia, jeune fille qui n’a pas son mot à dire mais qui garde une force intérieure inébranlable, pliant face à la douleur mais ne se brisant pas. Il représente plus généralement les êtres sensibles, si fragiles en apparence mais dont cette même sensibilité constitue une véritable force, un courage invisible. Ces êtres parfois dévalorisés peuvent se révéler au bout du compte plus forts face à l’adversité en conservant leur capacité d’émerveillement.

Frédéric Doillon valorise la magie de l’enfance face à l’incompréhension des adultes

Le livre de Frédéric Doillon oppose le monde de l’enfance, du rêve et de la poésie à celui des adultes, caractérisé par sa rationalité, le monde de l’entreprise et la dureté des affaires. La douceur de vivre du jardin et de l’arche ne pèse pas très lourd face à l’incompréhension ou à la lâcheté des adultes. Ces derniers ne voient dans la douceur et la gentillesse de Julia qu’une source d’agacement et une naïveté déplacée face aux nécessités de la vie.

« Julia se demandait, elle, si, adulte, elle serait ainsi, ayant oublié toutes les possibilités de l’enfance. La magie de la vie, des êtres et des choses. La force qui est en chacun de nous, qu’il faut savoir appeler du plus profond du cœur pour ouvrir des rivières dans la montagne, des soleils dans l’hiver et des sourires dans les visages les plus tristes ».

Un livre prônant la bienveillance et le respect de l’humain et de la nature

On peut voir dans Le Rosier de Julia un appel à une vie plus simple, proche de la nature, des sensations et des sentiments, dans le respect de la sensibilité de l’autre. Ce livre prône la bienveillance, l’amour vrai et la liberté dans la mesure où celle-ci n’entrave pas celle des autres humains. Julia incarne une proximité retrouvée avec les éléments :

« Alors, Julia se réchauffait dans les câlins du soleil, s’ouvrait dans les baisers des brises d’été et des vents d’hiver, respirait l’humidité des pluies tièdes du printemps et s’ébrouait sous les rincées de l’automne ».

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Intuition et hypersensibilité : un rosier comme ange gardien

Sensible au rythme des saisons, chérissant les ambiances chaleureuses et les petits riens de la vie, que ce soit en ville ou à la campagne, Julia possède de nombreuses caractéristiques de l’hypersensibilité. Fuyant « les rendez-vous sans lendemain et les fêtes bruyantes », elle aspire à des relations profondes et à des moments de partage authentiques. Son rosier, source d’intuition et de discernement, lui permet de faire le tri parmi ses rencontres. Combien d’entre nous ont-ils refoulé leurs rosiers intérieurs en n’écoutant pas leur intuition face à une rencontre néfaste ?

Le Rosier de Julia, une célébration de l’amour vrai et du mariage romantique

Cette magnifique intuition permet à Julia de reconnaître l’amour vrai quand celui-ci se présente à elle. Fulgurant, pur, délicat, l’amour permet au rosier de s’épanouir pleinement dans une explosion de fleurs. Enfin elle-même au grand jour, Julia n’a pas besoin d’attendre pour savoir qu’il s’agit du grand amour qui, loin de toute oppression, l’autorise à être, tout simplement.

Le mariage apparaît comme une évidence face à un si grand amour, beau et simple à la fois. Loin du conformisme, le mariage est la consécration de l’amour. J’ai beaucoup aimé la manière dont Frédéric Doillon évoque le luxe inutile de nombreux mariages, afin de revenir à l’essentiel. Étant moi-même sur le point de me marier, je n’ai cessé d’être confrontée à l’incompréhension de certains proches pour lesquels les mariages se devaient d’être traditionnels. Julia, elle, ne comprend pas toute cette profusion qui lui semble si loin d’elle-même et constate la vanité du luxe. Les personnes venues pour juger lui paraissent participer à « un drame mesquin » auquel elle n’appartient pas. Elle préférerait fuir avec son amoureux « à la rencontre d’animaux sauvages et bienveillants ». Comment ne pas s’identifier quand, sur le point de se marier, l’on est souvent confronté à la malveillance des gens, au point de désirer fuir pour se retrouver soi-même et célébrer la seule chose qui compte réellement : l’amour ?

L’ancien jardin de Julia était le paradis perdu de l’enfance, dont elle a toujours gardé une partie sous la forme du rosier ; conserver et chérir l’enfant en soi permet en effet de ne pas se perdre. Le mariage lui permet de se libérer, d’être pleinement : c’est le paradis retrouvé.

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Le Rosier de Julia de Frédéric Doillon m’a profondément touchée par l’originalité de son écriture, sa douceur et sa sensibilité. Cette nouvelle a également éveillé en moi des souvenirs et des impressions, de sorte que je me suis vite identifiée à Julia et à son rosier. Ce joli conte valorise avec justesse et profondeur la beauté, la simplicité et la douceur. Il suggère que la sensibilité, contrairement à ce que l’on croit, est la solution face aux aléas de la vie. La lecture du Rosier de Julia et l’écriture de cette chronique m’ont fait un bien fou et je remercie vivement Frédéric Doillon de m’avoir envoyé son livre 😊 C’est un beau cadeau de mariage !

Si vous aimez les histoires où la douceur et la bienveillance guérissent les êtres, je vous conseille également les livres de Mathilde Chabot, notamment L’Industrie du bonheur, conte moderne où une jeune femme retrouve le sourire grâce à l’amitié, l’amour et l’écriture.

L’apprivoisement de la nature et la proximité avec les éléments sont aujourd’hui des sujets récurrents. Si cela vous intéresse, vous aimerez certainement Dans La Forêt de Jean Hegland où deux jeunes filles réapprennent à vivre dans la nature suite à l’effondrement de la civilisation.

Je terminerai sur une citation de David Orr, à laquelle Le Rosier de Julia m’a fait penser :

« La planète n’a pas besoin de gens « qui ont réussi ». La planète a désespérément besoin d’un plus grand nombre d’artisans de la paix, de thérapeutes, d’esprits novateurs, de conteurs et d’amoureux de toutes sortes. Elle a besoin que les gens vivent bien là où ils sont. Elle a besoin de gens dotés du courage moral nécessaire pour participer à l’effort visant à faire de notre monde un lieu humain et habitable.  ».

*Les photos de cet articles sont les miennes. 🙂

La dualité dans Harry Potter : Ennemi intérieur et figures du sacrifice dans la saga de J.K. Rowling

« Bien sûr que ça se passe dans ta tête, Harry, mais pourquoi donc faudrait-il en conclure que ce n’est pas réel ? »

Les livres de notre enfance peuvent réconforter en ces temps de pandémie mondiale. Harry Potter a notamment été le livre de chevet de beaucoup d’entre nous. Dix ans après ma dernière lecture de cette saga culte, je n’ai pas été déçue. C’est intéressant de relire les romans de J.K. Rowling d’un œil adulte et littéraire. Dans cette analyse de Harry Potter, je reviens donc sur les éléments symboliques qui m’ont interpelée.

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Harry Potter, un conte pour tous les âges

On a tendance à considérer Harry Potter comme un livre pour enfants ; cette saga est pourtant destinée à un public beaucoup plus large, comme tous les bons ouvrages pour la jeunesse, malheureusement sous-estimés.

Il ressort de la saga d’Harry Potter une force symbolique semblable à celle du conte, qui touche profondément. Cette lecture procure une douceur et un enchantement liés à l’enfance et à la magie. L’émerveillement est toutefois contrebalancé par un sentiment doux-amer en raison de la complexité des personnages et de l’illustration de la condition humaine. Il y a en effet plusieurs niveaux de lecture dans Harry Potter, qui invite le lecteur à une réflexion sur les sujets complexes de la mort, l’amour, la notion de sacrifice, le destin et le libre-arbitre, donnant à la saga une dimension philosophique.

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La complexité croissante de l’écriture et des personnages de Harry Potter

L’histoire de Harry Potter étant contée d’un point de vue interne, le lecteur est témoin de l’évolution psychologique de Harry. On peut parler de roman d’apprentissage, dans la mesure où l’on assiste à la construction de la personnalité du héros, de l’enfance à l’âge adulte.

L’écriture se complexifie à mesure que le point de vue de Harry sur le monde devient plus nuancé. Le sorcier découvre en effet que certains personnages sont plus ambigus qu’ils ne le paraissaient au prime abord. Alors que les premiers tomes d’Harry Potter sont parfois caricaturaux, divisant les méchants Serpentard et les courageux Gryffondor, la suite de la saga révèle la complexité de chacun. Ainsi, le traître Peter Pettigrew était un Gryffondor. Dumbledore, qui semblait un modèle de sagesse, cache un passé trouble, et Harry se rend compte que son mentor a connu l’attrait du pouvoir. Inversement, le héros apprend à éprouver de la compassion pour ses ennemis et à poser sur ceux-ci un regard différent.

Le réalisme des personnages réside dans le fait qu’aucun d’eux n’est fondamentalement bon ou mauvais. Comme le dit Sirius Black dans l’adaptation cinématographique de Harry Potter et l’Ordre du Phénix, « Dans le monde, il n’y a pas d’un côté le Bien et le Mal. Il y a une part de lumière et d’ombre en chacun de nous. Ce qui compte, c’est celle que l’on choisit dans nos actes ». Certains opposants se révèlent en effet plus humains à l’heure des choix (Drago Malefoy) et deviendront même des adjuvants (Severus Rogue, Narcissa Malefoy).

Inversement, les héros ne sont pas exempts de défauts. Malgré sa destinée exceptionnelle, Harry n’est pas héroïque pour autant et c’est justement ce qui le rend attachant. Célèbre pour un événement dont il n’a aucun souvenir, Harry a souvent un sentiment d’imposture. Symbolisant malgré lui la résistance contre les Ténèbres, il a parfois du mal à endosser un rôle que d’autres lui ont assigné. Il est habité par un profond sentiment d’injustice et d’amertume face à ce destin, d’où ses accès de colère.

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Harry Potter et l’Ennemi intérieur

Harry Potter est en proie à un fort conflit intérieur. Le héros a le sentiment d’être mauvais en raison de ses ressemblances avec son ennemi, dont il prend conscience dès les deux premiers tomes (l’hésitation du Choixpeau magique songeant l’envoyer à Serpentard, la capacité de Harry à parler le Fourchelang, etc.). Au fil des romans, cette similitude s’explique par un lien dont Harry prend connaissance relativement tôt mais dont la véritable nature n’est révélée qu’à la fin du septième tome.

Je trouve très intéressante cette idée du héros qui voit en son ennemi un reflet de lui-même. Harry a conscience que ce qu’il veut détruire se trouve également en lui. C’est une thématique que l’on retrouve dans d’autres œuvres littéraires. Dans Hamlet, célèbre pièce de William Shakespeare, le conflit intérieur du prince danois repose principalement sur l’idée que ce qu’il doit combattre et qui lui répugne est présent en lui-même. Le prince doit purifier le royaume en tuant l’assassin de son père, qui n’est autre que son oncle Claudius. Mais il a conscience de sa similitude avec le roi régicide et voit en celui-ci ses propres potentialités de commettre le mal. La connaissance de ses propres démons freine Hamlet, qui voit en Claudius son propre reflet. Cette idée de reflet me fait penser à la célèbre citation de Nietzche :

« Quiconque combat les monstres doit s’assurer qu’il ne devient pas lui-même un monstre, car, lorsque tu regardes au fond de l’abysse, l’abysse aussi regarde au fond de toi. »

Harry Potter a souvent l’impression d’être un monstre. Dès La Chambre des secrets, il doute de sa propre nature en raison de sa faculté à parler la langue des serpents. Dans L’Ordre du Phénix, sa proximité spirituelle avec Voldemort se change en dégoût envers lui-même :

« Il se sentait sale, contaminé, comme s’il était porteur d’un germe mortel. Sur le chemin du retour, il s’estima indigne de s’asseoir dans le métro en compagnie de gens innocents, sains, dont le corps et l’esprit ne portaient pas la souillure de Voldemort ».

La lutte de Harry Potter contre Voldemort le mène à côtoyer de près des formes obscures de magie. Le parallélisme entre le héros et son ennemi est particulièrement flagrant lorsque Harry interroge le professeur Slughorn au sujet des Horcruxes en employant exactement les mêmes phrases que Tom Jedusor dans Le Prince de sang-mêlé. Il semble donc que combattre le Mal mène à employer les mêmes procédés que ce dernier. Cette dualité est d’autant plus forte que le héros possède littéralement une partie de son ennemi à l’intérieur de lui.

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La Confusion entre le Bien et le Mal dans Harry Potter

Le combat contre les forces du Mal ne signifie pas forcément que le parti inverse est bon. L’attitude du Ministère de la Magie est presque aussi maléfique que celle des Mangemorts. Dans La Coupe de Feu, Harry apprend que Barty Croupton, qui a combattu les adeptes de Voldemort, utilisait les mêmes méthodes que ces derniers. Le fait même que Harry ait détruit le Seigneur des Ténèbres n’est d’ailleurs pas la preuve qu’il est du côté du Bien. En effet, certains le prenaient pour le nouveau mage noir, comme le souligne Rogue dans Le Prince de sang-mêlé :

« Lorsque Potter est arrivé à Poudlard, beaucoup d’histoires circulaient à son sujet, des rumeurs selon lesquelles il était lui-même un grand mage noir, ce qui expliquait qu’il ait survécu à l’attaque du Seigneur des Ténèbres. En fait, nombre de ses anciens fidèles pensaient que Potter deviendrait peut-être le porte-drapeau autour duquel nous pourrions tous nous regrouper à nouveau ».

Il y a confusion entre le Bien et le Mal dès lors que le pouvoir entre en jeu, comme en témoigne le cas de Dumbledore. Brillant et enthousiaste, celui-ci a suivi un chemin dangereux dans sa jeunesse, lors de son amitié avec Grindelwald. Il ne parle pas à Harry de la Baguette de Sureau (la baguette magique la plus puissante du monde), de peur que celui-ci ne connaisse la même tentation et que, en empêchant Voldemort de s’en emparer, il cède lui-même à l’attrait du pouvoir. Il semble pourtant que Harry soit plus pur que son mentor, justement en raison de sa propre crainte d’être contaminé par le Mal, qui le rend plus vigilant.

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Valeurs salvatrices et sacrifice de soi dans Harry Potter

L’identification à son ennemi donne à Harry Potter une immense compassion, au point de surprendre Dumbledore : « Éprouverais-tu de la compassion pour Lord Voldemort ? », s’étonne celui-ci dans Le Prince de Sang-mêlé. Cette capacité à avoir de l’empathie caractérise Harry tout au long de la saga : il épargne Peter Pettigrew, pourtant responsable de la mort de ses parents, et est écœuré par la manière dont Voldemort traite Drago Malefoy. Il sauvera d’ailleurs celui-ci à deux reprises dans Les Reliques de la Mort.

Harry Potter est un livre qui valorise la compassion, l’amitié et l’amour. Dumbledore ne cesse de présenter l’Amour comme la forme de magie la plus puissante, ce que Voldemort ne peut comprendre. Cette ignorance sera la seule faiblesse du mage noir et aura raison de celui-ci.

La saga s’ouvre et se referme sur un sacrifice d’amour. Harry a été protégé par l’amour de sa mère qui est morte pour lui ; ce sacrifice lié à un amour très fort l’a sauvé. Au dénouement, Harry, à son tour, avance au-devant de la mort afin de sauver le monde qu’il connaît et qu’il aime. Ce même sacrifice établit une protection magique que Voldemort ne peut briser :

« Vous ne tuerez plus personne, plus jamais. […] J’étais prêt à mourir pour vous empêcher de faire du mal à ceux qui sont ici…

-Mais tu n’es pas mort !

-J’en avais l’intention et c’est cela qui a tout déterminé. J’ai fait ce que ma mère avait fait. Ils sont protégés, vous ne pouvez plus les atteindre. N’avez-vous pas remarqué qu’aucun des sortilèges que vous leur avez jetés n’a eu d’effet ? Vous ne pouvez pas les torturer. Vous ne pouvez pas les toucher. Vous n’avez rien appris de vos erreurs, Jedusor, n’est-ce pas ? »

On retrouve cet amour salvateur chez un personnage inattendu : Severus Rogue. L’aveu posthume de l’amour du Maître des Potions pour la mère de Harry et de sa résolution de protéger le fils le rachète totalement aux yeux de ce dernier. La capacité à aimer représente une forme de rédemption. Voldemort, quant à lui, en est incapable. D’où les paroles de Harry lors de la confrontation finale, tentant de raisonner le mage noir afin que ce dernier se sauve lui-même (de la damnation éternelle ?) :

« Avant que vous ne tentiez de me tuer, je vous conseillerais de réfléchir à ce que vous avez fait… Réfléchissez et essayez d’éprouver un peu de remords, Jedusor… […] C’est votre unique et dernière chance. […] C’est ce qui vous reste. […] Soyez un homme… Essayez… Essayez d’éprouver du remords… »

Cette capacité de Harry à penser au salut de son adversaire peut être rapprochée du magnifique discours de Dumbledore à la fin des Reliques de la mort :

« N’aies pas pitié des morts, Harry. Aie plutôt pitié des vivants et surtout de ceux qui vivent sans amour. En y retournant, tu pourras faire en sorte qu’il y ait moins d’âmes mutilées, moins de familles déchirées »

On peut voir une figure christique dans cette image de l’Élu qui pardonne à son ennemi, se sacrifie pour sauver le monde, puis qui revient au-delà de la mort afin de soulager les blessures de l’humanité. Harry Potter comporte effectivement des connotations chrétiennes, notamment dans cette vision de l’amour comme vertu salvatrice. Lily Potter, Harry et Severus Rogue sont tous trois des figures du sacrifice.

Si vous trouvez aussi que la littérature jeunesse et les littératures de l’imaginaire ne sont pas assez valorisées, je vous invite à lire mon article « Pop culture », « culture geek » : comment la France méprise injustement l’imaginaire.

Saint-Valentin : 12 belles citations d’amour de la littérature

« Là ou l’on s’aime, il ne fait jamais nuit. » (Proverbe africain)

La Saint-Valentin est la fête des amoureux. Elle représente l’occasion d’offrir cadeaux et poèmes à l’être aimé et, dans certaines cultures, à l’ensemble de nos proches (amis, famille), ou juste de passer du temps ensemble. Mais la Saint-Valentin a tendance à être dénigrée, jugée trop commerciale. On peut pourtant la fêter simplement, par exemple en partageant de jolis textes.

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Nous broutons, nous sommes deux bêtes sauvages, mêlées aux troupeaux, primesautières à l’égal des autres,
Nous sommes deux poissons nageant de conserve dans la mer,
Nous sommes ce que sont les fleurs de l’acacia, nous laissons tomber des senteurs par les chemins, de l’aube au crépuscule,
Nous sommes également l’ordure grossière des bêtes, des plantes, des minéraux,
Nous sommes deux éperviers adonnés aux rapines, nous planons dans l’air et regardons en bas,
Nous sommes deux soleils resplendissants, c’est nous qui nous balançons arrondis et stellaires, nous sommes tels que deux comètes,
Nous rôdons dans les bois, quadrupèdes armés de griffes, nous bondissons sur notre proie,
Nous sommes deux nuages voyageant là-haut, les matins et les soirs,
Nous sommes des mers qui se mêlent, nous sommes deux de ces vagues joyeuses qui roulent l’une sur l’autre et s’entr’inondent,
Nous sommes neige, pluie, froid, ténèbres, nous sommes chaque produit et chaque influence du globe,
Nous avons fait des tours et des tours, tous les deux, avant de nous retrouver de nouveau chez nous.
Nous avons épuisé tout hormis la liberté, tout hormis notre propre joie.

Walt Whitman

***

« Maintenant mon cœur a changé, et si tu demeures dans les forêts, […] alors je ferai de même, et si tu vas errer dans les endroits sauvages, alors là-bas j’errerai aussi ». Alors en vérité Beren fut heureux de ses douces paroles, et il serait volontiers demeuré avec elle comme un chasseur des terres sauvages, mais son cœur fut blessé de tout ce qu’elle avait souffert pour lui, et pour elle il mit sa fierté de côté.

J.R.R. Tolkien, Beren et Lúthien, « Le Conte de Tinúviel »

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***

Les jours sont éphémères et l’aube incertaine. Je ne sais pas dans quel monde vous vivez, mais dans le mien on s’aime et on se le dit. Alors nos nuits s’illuminent sous les rosiers. L’instant est à prendre lorsqu’il est à perdre.

David Foenkinos, La Délicatesse

***

Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,
C’est vous, la tête en fleur, qu’on croirait sans souci,
C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi.

Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci :
Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.

Alfred de Musset

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Tu mérites un amour décoiffant, qui te pousse à te lever rapidement le matin, et qui éloigne tous ces démons qui ne te laissent pas dormir.[…] Tu mérites un amour qui balayerait les mensonges et t’apporterait le rêve, le café et la poésie.

Frida Kalho

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***

Tu es entrée dans ma vie, pas comme si tu rendais une visite… mais comme si tu arrivais dans un royaume où toutes les rivières attendaient ton reflet, et toutes les routes, tes pas.

Vladimir Nabokov

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Le problème est que nous cherchons quelqu’un pour vieillir ensemble, alors que le secret est de trouver quelqu’un avec qui rester enfant.

Charles Bukowski

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***

Et à cet instant précis seulement, j’avais compris que si c’était ce qui nous attendait, l’enfer, une vue parfaite de toutes nos rivières fusionnées, je resterais auprès de Dalt quoi que la vie nous réserve, pour y aller avec lui. Le royaume des ténèbres n’a qu’à bien se tenir. […]
– À nous, dit-il.
– Contre vents et marées.
C’est juste un truc que nous avons pris l’habitude dire, une tradition née à l’entrée de tous ces rapides. Si j’y avais pensé avant, c’est ce que nous aurions dit au mariage.

***

Il faut qu’on les prévienne, Dalt. Absolument, absolument, il le faut.
– De quoi, Mad ? Les prévenir de quoi ?
– Je sais pas. La vie.
– Combien elle est belle ?
– Oui voilà. C’est exactement ce que je pensais.

Pete Fromm, Mon Désir le plus ardent

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L’ivresse naît à l’endroit où la rencontre se produit, et non dans la juxtaposition narcissique de deux plastiques. Le paradis terrestre […] réside entre les visages de deux personnes qui s’aiment et s’intéressent passionnément l’une à l’autre.

Mona Chollet, Beauté fatale : les nouveaux visages d’une aliénation féminine

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Ophélie réalisait de tout son corps ce qu’il était devenu pour elle et ce qu’elle était devenue pour lui, et rien ne lui paraissait plus solide au monde.

Christelle Dabos, La Passe-Miroir

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« La Porcia de Shakespeare parle quelque part de cette « musique que tout homme a en soi ». – Malheur, dit-elle, à qui ne l’entend pas ! – Cette musique, la nature aussi l’a en elle… (Ce livre) est l’écho… de ce chant qui répond en nous au chant que nous entendons hors de nous… »
Victor Hugo, il y a un peu plus de cent années, justifiait ainsi le titre des Voix intérieures. Je ne crois pas que j’aie à suivre ce haut exemple et à dire pourquoi ce livre-ci porte le nom qu’il porte. Ni à faire comme faisait encore Hugo, dans cette même préface, pour expliquer la dédicace à son père, Joseph-Léopold-Sigisbert, comte Hugo, par quoi il compensait, en tête de ses vers, l’injustice qui n’avait point écrit son nom sur l’arc de triomphe de l’Étoile.
Ma place de l’Étoile, à moi, est dans mon cœur, et si vous voulez connaître le nom de l’étoile, mes poèmes suffisamment le livrent. On dit qu’un homme se doit de ne pas exposer son amour sur la place publique. Je répondrai qu’un homme n’a rien de meilleur, de plus pur, et de plus digne d’être perpétué que son amour, qui est cette musique même dont parle Porcia, et que c’est lâcheté et faiblesse de craindre porter son amour au pavois. Je veux qu’un jour vienne où, regardant notre nuit, les gens y voient pourtant briller une flamme, et quelle flamme puis-je aviver sinon celle qui est en moi ? Mon amour, tu es ma seule famille avouée, et je vois par tes yeux le monde, c’est toi qui me rends cet univers sensible et qui donnes sens en moi aux sentiments humains. Tous ceux qui d’un même blasphème nient et l’amour, et ce que j’aime, fussent-ils puissants à écraser la dernière étincelle de ce feu de France, j’élève devant eux ce petit livre de papier, cette misère des mots, ce grimoire perdu ; et qu’importe ce qu’il en adviendra si, à l’heure de la plus grande haine, j’ai un instant montré à ce pays déchiré le visage resplendissant de l’amour.

Louis Aragon, préface du recueil Les Yeux d’Elsa

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Et vous, quelles sont vos citations d’amour préférées ? 🙂

Si vous aimez lire des histoires d’amour, je vous conseille Mon Désir le plus ardent et En Attendant Bojangles .

Si vous aimez les histoires d’amour atypiques dans les littératures de l’imaginaire, La Passe-Miroir de Christelle Dabos et La Main gauche de la nuit d’Ursula Le Guin pourraient vous plaire.

Si vous trouvez que les fêtes sont de simples occasions de vous réjouir avec vos proches sans forcément être dans la consommation à outrance, cet article sur Halloween peut vous intéresser.

6 coups de cœur littéraires féminins et féministes

« On peut juger de la beauté d’un livre à la vigueur des coups de poings qu’il vous a donnés et à la longueur du temps qu’on met ensuite à en revenir. »
(Gustave Flaubert)

L’année qui vient de se terminer fut très riche en découvertes littéraires, occasionnant des échanges passionnants et des rencontres enrichissantes. Emily Brontë écrivait « J’ai dans ma vie fait des rêves qui sont restés à jamais gravés en moi et ont modifié ma façon de voir. Ils ont envahi tout mon être, comme une goutte de vin dans de l’eau, et altéré la couleur de mes pensées ». Ces mots peuvent évoquer l’effet de la lecture, qui enrichit et modifie notre vision de la vie. Mes lectures offrent surtout des regards de femmes rafraîchissants après des années d’études à n’avoir lu pratiquement que des hommes ! Voici mes 6 derniers coups de cœur littéraires féminins et féministes.

Dans La Forêt de Jean Hegland

« En nous le cri de la vie continuait de résonner, irrépressible. »

livre Dans La Forêt de Jean Hegland

Ce roman post-apocalyptique fut une véritable claque. D’une plume crue et poétique, dotée d’une remarquable finesse psychologique, Jean Hegland relate le destin de deux sœurs suite à l’effondrement de la civilisation. Vivant au cœur de la forêt, Nell et Eva doivent changer leurs attentes et leur vision de la vie afin de renouer avec la nature, qui est leur seule chance de survie. À la fois roman d’apprentissage et fable écologique, Dans La Forêt porte aussi un message féministe. Les héroïnes se réapproprient leurs corps au fur et à mesure qu’elles se familiarisent avec la forêt, ravivant l’image ancestrale d’une féminité en harmonie avec la nature. Parfois angoissant, souvent émouvant et finalement optimiste, Dans La Forêt m’a touchée par sa délicatesse et sa bienveillance, suggérant que l’amour de la vie sous toutes ses formes permet de s’adapter à toutes les situations.

Ma chronique : Dans La Forêt : une apocalypse pleine d’espoir

La Main gauche de la nuit d’Ursula Le Guin

« Ce n’est plus Nous et Eux, ou Moi et Cela, mais Moi et Toi. Ce n’est plus un lien politique, utilitaire, mais mystique »

la main gauche de la nuit

Dans ce roman de science-fiction, Genly Aï est envoyé sur la planète Gethen pour une mission diplomatique. Il y découvre des habitants qui ne sont ni des hommes, ni des femmes, mais des êtres asexués, adoptant occasionnellement des caractéristiques féminines ou masculines. Le sentiment réciproque d’étrangeté face à l’inconnu sera à l’origine d’une profonde remise en cause psychologique, émotionnelle et intellectuelle. Ursula Le Guin questionne le rôle de la sexualité dans une société, tout en chamboulant nos habitudes de lecture et nos représentations classiques des personnages. Au-delà de cet ébranlement intellectuel, j’ai été happée par la beauté de l’écriture, des paysages et de la relation entre les personnages. Si La Main gauche de la nuit se concentre d’abord sur la confrontation à l’altérité et les manigances politiques, elle nous transporte ensuite dans un désert de glace où l’intensité émotionnelle et spirituelle nous coupe le souffle. Vous ressortirez de ce livre profondément ébranlé, bouleversé mais enrichi de tant de beauté.

Ma chronique : La Main gauche de la nuit : rencontre de l’Autre et expérience mystique

L’Industrie du bonheur de Mathilde Chabot

« Écrire, c’est se construire et se déconstruire jusqu’à prendre possession de soi-même au travers du langage. »

livre L'Industrie du bonheur, des fraises, des marques-pages

Maïwenn, jeune fille victime de maltraitance psychologique, a perdu son sourire. Catherine, quant à elle, refuse d’entrer dans les cases et aspire à un métier ayant du sens, visant à rendre les gens heureux. La rencontre entre les deux jeunes filles, dans la maison d’un « inventeur bariolé » où Maïwenn a trouvé refuge, offrira à Catherine l’occasion d’exercer son nouveau métier de « raccommodeuse de sourires ». L’Industrie du bonheur est le récit d’une reconstruction grâce à la création, l’amour et l’amitié. Prônant un mode de vie non-conventionnel et bienveillant, Mathilde Chabot écrit un véritable conte de fées moderne, aux inventions poétiques et originales qui contrebalancent la gravité de certains chapitres. L’Industrie du bonheur évoque en effet la douloureuse thématique de la maltraitance psychologique et le difficile cheminement pour en sortir, notamment grâce à une thérapie par l’écriture.

Ma chronique : L’Industrie du bonheur : la guérison par la création

La Passe-Miroir de Christelle Dabos

« Tu es la personnalité la plus forte de la famille, ma petite. […] Je te prédis que la volonté de ton mari se brisera sur la tienne. »

trois livres : les trois premiers tomes de La Passe-Miroir

Dans un monde éclaté, composé de nombreuses « Arches » suspendues dans les airs, Ophélie a bien du mal à trouver sa place. Heureusement, la jeune femme possède, sous ses airs maladroits, de fascinants pouvoirs, pouvant lire l’histoire des objets avec ses mains et traverser les miroirs, tout en ayant une indépendance d’esprit qui ne plaît pas à tout le monde. Fiancée de force au froid et rationnel Thorn, elle est contrainte de suivre ce dernier sur l’arche du Pôle. Dans un monde d’intrigues et de faux-semblants, Ophélie se découvrira bientôt au centre d’un complot relevant de la théologie et de la création du monde. La Passe-Miroir est une saga extrêmement addictive, entremêlant les intrigues avec habileté et mettant en scène des personnages attachants et hauts en couleur, tantôt burlesques, tantôt touchants. Dans un univers baroque et miyazakiesque, les relations complexes entre les personnages se mêlent aux enquêtes policières, à des connotations bibliques et à des inventions métaphysiques.

Ma chronique : La Passe-Miroir : un livre-monde baroque

Terremer d’Ursula Le Guin

« Jamais tu n’as été faite pour la cruauté et les ténèbres ; tu es faite pour contenir la lumière, comme une lampe qui brûle contient et offre sa lumière. […] Je t’emmènerai loin des princes et des riches seigneurs ; car il est vrai que ta place n’est pas là-bas. Tu es trop jeune, et trop sage. […] Tu as échappé au mal et tu viens en quête de liberté ; en quête de silence. […] Là, tu trouveras la bonté et le silence. La lampe pourra y brûler à l’abri du vent. »

Terremer

L’année 2019 a décidément marqué un coup de foudre pour les livres d’Ursula Le Guin ! Pour cette autrice, la Fantasy « n’est pas […] une pensée magique, mais une façon de refléter la réalité, et de la réfléchir ». Dans le monde onirique de Terremer, composé de nombreuses îles éparpillées sur la mer, le Mal n’est pas une menace extérieure mais réside à l’intérieur de chacun. Ursula Le Guin refuse la dualité et le manichéisme pour valoriser la « complexité éthique et la richesse morale de nos vies ». Elle se cherche à travers ses livres, s’inscrivant dans la tradition de la Fantasy tout en cherchant à s’en détacher. Les romans composant le recueil de Terremer nous grandissent et nous enrichissent en nous faisant côtoyer des personnages complexes mais toujours attachants, qui tentent de préserver l’Équilibre du monde tout en cherchant à se connaître eux-mêmes ainsi que leur part d’ombre. La recherche de la simplicité et de la liberté y est importante. Entre magie, onirisme, voyages symboliques, et illustration du charme d’une vie quotidienne simple, Terremer fait souvent penser à l’univers d’Hayao Miyazaki. Le fils de ce dernier, Goro Miyazaki a d’ailleurs adapté Terremer en animation.

Beauté Fatale : les nouveaux visages d’une aliénation féminine de Mona Chollet

« « Il n’y a pas de mal à vouloir être belle ! », m’a-t-on parfois objecté lorsque j’évoquais autour de moi le projet de cet essai. Non, en effet : ce désir, je souhaite même le défendre. Le problème, c’est que dire cela à une femme aujourd’hui revient un à dire à un alcoolique au bord du coma éthylique qu’un petit verre de temps en temps n’a jamais fait de mal à personne. »

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Outre Ursula Le Guin, j’ai eu cette année un coup de cœur pour la journaliste et essayiste Mona Chollet. Dans cet essai très nuancé et bien écrit, cette dernière évoque les pressions pesant sur les femmes dans un monde où le corps féminin est l’objet du marketing, constamment mis en scène afin de vendre des produits, devenant lui-même un produit lisse et déshumanisé. La journaliste mène son enquête en analysant articles de presse, films et séries, blogs et témoignages d’actrices et de mannequins afin de mettre en lumière la dimension impitoyable du culte du corps. Pourtant, tout en dénonçant la superficialité du « complexe mode-beauté », l’arrogance et le mépris de certaines stars, princesses et « it girls », le sexisme qui sous-tend les idéaux de beauté, la maltraitance subie par les actrices et mannequins, ainsi que la haine du corps (évoquant notamment l’anorexie), Mona Chollet ne rejette pas pour autant les valeurs considérées comme féminines. Celles-ci devraient en effet être davantage prises en compte dans un monde froidement rationnel qui « disqualifie le concret, la sensualité » en ne valorisant que les thématiques masculines, renvoyant les préoccupations considérées comme féminines du côté du futile et du superflu. Certains intellectuels ne sont d’ailleurs pas épargnés ! Beauté Fatale est une lecture passionnante qui a mis des mots sur des impressions que j’ai depuis bien longtemps ; notamment sur la double injonction contradictoire, d’une part d’être une femme belle pour exister, d’autre part, de devoir mimer les hommes, être une « badass » et une guerrière pour être reconnue comme leur égale.

Légendes, traditions et origines d’Halloween : pourquoi s’en inspirer le 31 octobre

Halloween est une fête souvent jugée trop commerciale et associée à la culture américaine. Pourtant, l’origine de cette fête européenne remonte à plusieurs millénaires. Le 31 octobre, pas besoin de dépenser beaucoup d’argent. Vous pouvez simplement vous imprégner de cette culture riche en légendes et vous inspirer des traditions.

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Origine celtique d’Halloween : légendes et fêtes rituelles de Samain

Il y a plus de 25000 ans, les Celtes célébraient la fête rituelle de Samain le 1er novembre. Celle-ci durait sept jours et marquait le passage d’une année à l’autre. On partageait des repas rituels : viande, bière, vin et hydromel. La fête de Samain favorisait un contact entre le monde des vivants et celui des morts. Les druides allumaient des feux de joie pour se protéger des mauvais esprits et pour célébrer la nouvelle année.

La légende flamande d’Halewyn fait écho à ces festivités célébrant un passage. Elle raconte la décapitation d’un géant qui avait tenté d’enlever une jeune fille. Le géant symbolise l’année passée refusant de céder sa place à l’année nouvelle (symbolisée par la jeune fille). La décapitation renvoie à la mort symbolique de l’année, qui était ritualisée dans les fêtes païennes.

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Halloween chez les Chrétiens : Toussaint, purgatoire et esprits défunts

Les Chrétiens éliminèrent la dimension rituelle des religions païennes et se rapproprièrent la fête de Samain. C’est ainsi qu’à partir du 9e siècle, on célébra la Toussaint, c’est-à-dire « Tous les saints », le 1er novembre. On se mit à célébrer Halloween (contraction de « All Hallows Eve » : « la veille de tous les Saints ») le 31 octobre.

Selon la croyance chrétienne de l’époque, la séparation entre le purgatoire et le monde des vivants devenait plus fine à ce moment de l’année. Les Chrétiens pensaient que, le 31 octobre, les esprits des morts assoiffés de vengeance pouvaient errer sur terre. Les humains se déguisaient afin que ces fantômes ne les reconnaissent pas.

Halloween devint cependant une fête problématique chez les Chrétiens, notamment à partir de la Réforme protestante, qui ne croit pas au Purgatoire, et qui reproche la dimensions païenne de cette fête. Aujourd’hui encore, certains Chrétiens se posent la question de la compatibilité d’Halloween, parfois associée à une forme de satanisme, avec les valeurs chrétiennes.

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La tradition irlandaise : Jack O’ Lantern, navets et citrouilles

Les Irlandais, catholiques et héritiers de la culture celtique, emportèrent leurs légendes en migrant aux États-Unis au milieu du 19e siècle. Fuyant la potatoe famine, ils importèrent notamment la tradition d’Halloween en Amérique.

La légende irlandaise de Jack O’LanternJack à la lanterne ») est l’une des plus célèbres. Jack O’Lantern, ivrogne ayant défié le Diable à plusieurs reprises, est rejeté du Paradis et de l’Enfer à sa mort. Il est condamné à errer dans l’obscurité jusqu’au Jugement Dernier, munid’une lanterne pour éclairer son chemin. Celle-ci est composée d’une bougie placée à l’intérieur d’un navet.

Du conte de Jack O’Lantern est née la tradition de la citrouille d’Halloween. À l’origine, on creusait des navets pour y mettre des bougies. Aux États-Unis, le navet finit par être remplacé par la citrouille, qui pousse en octobre et qui est plus simple à creuser !

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Halloween aujourd’hui : entre héritage et société de consommation

Aujourd’hui, Halloween a conservé des traces de ces origines et légendes : les lanternes en forme de citrouilles, ainsi que les déguisements de revenants, sorcières et démons, rappellent les esprits errants des anciennes croyances.

Dans les pays anglo-saxons, Halloween est une fête très importante. Les Américains décorent leurs maisons et préparent leurs déguisements à l’avance. Le 31 octobre, des enfants déguisés sonnent aux portes en criant « Trick or treat ! » (« un bonbon ou un mauvais sort ! »).

En France, Halloween est moins fêtée, ou de manière plus simple. Les Français ont tendance à juger cette fête trop commerciale, incitant à dépenser en décorations, bonbons et costumes.
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Fêter Halloween simplement

La consommation à outrance n’est pas un passage obligé pour fêter Halloween. Sans condamner cette fête, il est possible d’ignorer sa dimension consumériste si celle-ci vous déplaît. Vous pouvez simplement faire revivre les lumières et les repas associés à Halloween depuis longtemps, vous rappeler les légendes. C’est possible de vous réapproprier la tradition pour y piocher ce qui vous plaît, afin de donner à Halloween une ambiance conviviale et chaleureuse.

Vous pouvez faire des décorations en papier crépon, allumer quelques bougies et préparer des plats automnaux. Et pourquoi ne pas raconter des contes qui font peur ? Je crois la fête d’Halloween peut avoir une dimension très « hygge » (concept scandinave valorisant la convivialité, la simplicité et le bien-être procuré par les petites choses du quotidien).

Et vous, comment fêtez-vous Halloween ?

Également sur le blog : « Les Livres de l’automne : idées de lecture pour un automne cosy » : Partie 1 et Partie 2