Saint-Valentin : 12 belles citations d’amour de la littérature

« Là ou l’on s’aime, il ne fait jamais nuit. » (Proverbe africain)

La Saint-Valentin est la fête des amoureux. Elle représente l’occasion d’offrir cadeaux et poèmes à l’être aimé et, dans certaines cultures, à l’ensemble de nos proches (amis, famille), ou juste de passer du temps ensemble. Mais la Saint-Valentin a tendance à être dénigrée, jugée trop commerciale. On peut pourtant la fêter simplement, par exemple en partageant de jolis textes.

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Nous broutons, nous sommes deux bêtes sauvages, mêlées aux troupeaux, primesautières à l’égal des autres,
Nous sommes deux poissons nageant de conserve dans la mer,
Nous sommes ce que sont les fleurs de l’acacia, nous laissons tomber des senteurs par les chemins, de l’aube au crépuscule,
Nous sommes également l’ordure grossière des bêtes, des plantes, des minéraux,
Nous sommes deux éperviers adonnés aux rapines, nous planons dans l’air et regardons en bas,
Nous sommes deux soleils resplendissants, c’est nous qui nous balançons arrondis et stellaires, nous sommes tels que deux comètes,
Nous rôdons dans les bois, quadrupèdes armés de griffes, nous bondissons sur notre proie,
Nous sommes deux nuages voyageant là-haut, les matins et les soirs,
Nous sommes des mers qui se mêlent, nous sommes deux de ces vagues joyeuses qui roulent l’une sur l’autre et s’entr’inondent,
Nous sommes neige, pluie, froid, ténèbres, nous sommes chaque produit et chaque influence du globe,
Nous avons fait des tours et des tours, tous les deux, avant de nous retrouver de nouveau chez nous.
Nous avons épuisé tout hormis la liberté, tout hormis notre propre joie.

Walt Whitman

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« Maintenant mon cœur a changé, et si tu demeures dans les forêts, […] alors je ferai de même, et si tu vas errer dans les endroits sauvages, alors là-bas j’errerai aussi ». Alors en vérité Beren fut heureux de ses douces paroles, et il serait volontiers demeuré avec elle comme un chasseur des terres sauvages, mais son cœur fut blessé de tout ce qu’elle avait souffert pour lui, et pour elle il mit sa fierté de côté.

J.R.R. Tolkien, Beren et Lúthien, « Le Conte de Tinúviel »

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Les jours sont éphémères et l’aube incertaine. Je ne sais pas dans quel monde vous vivez, mais dans le mien on s’aime et on se le dit. Alors nos nuits s’illuminent sous les rosiers. L’instant est à prendre lorsqu’il est à perdre.

David Foenkinos, La Délicatesse

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Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,
C’est vous, la tête en fleur, qu’on croirait sans souci,
C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi.

Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci :
Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.

Alfred de Musset

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Tu mérites un amour décoiffant, qui te pousse à te lever rapidement le matin, et qui éloigne tous ces démons qui ne te laissent pas dormir.[…] Tu mérites un amour qui balayerait les mensonges et t’apporterait le rêve, le café et la poésie.

Frida Kalho

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Tu es entrée dans ma vie, pas comme si tu rendais une visite… mais comme si tu arrivais dans un royaume où toutes les rivières attendaient ton reflet, et toutes les routes, tes pas.

Vladimir Nabokov

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Le problème est que nous cherchons quelqu’un pour vieillir ensemble, alors que le secret est de trouver quelqu’un avec qui rester enfant.

Charles Bukowski

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Et à cet instant précis seulement, j’avais compris que si c’était ce qui nous attendait, l’enfer, une vue parfaite de toutes nos rivières fusionnées, je resterais auprès de Dalt quoi que la vie nous réserve, pour y aller avec lui. Le royaume des ténèbres n’a qu’à bien se tenir. […]
– À nous, dit-il.
– Contre vents et marées.
C’est juste un truc que nous avons pris l’habitude dire, une tradition née à l’entrée de tous ces rapides. Si j’y avais pensé avant, c’est ce que nous aurions dit au mariage.

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Il faut qu’on les prévienne, Dalt. Absolument, absolument, il le faut.
– De quoi, Mad ? Les prévenir de quoi ?
– Je sais pas. La vie.
– Combien elle est belle ?
– Oui voilà. C’est exactement ce que je pensais.

Pete Fromm, Mon Désir le plus ardent

 

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L’ivresse naît à l’endroit où la rencontre se produit, et non dans la juxtaposition narcissique de deux plastiques. Le paradis terrestre […] réside entre les visages de deux personnes qui s’aiment et s’intéressent passionnément l’une à l’autre.

Mona Chollet, Beauté fatale : les nouveaux visages d’une aliénation féminine

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Ophélie réalisait de tout son corps ce qu’il était devenu pour elle et ce qu’elle était devenue pour lui, et rien ne lui paraissait plus solide au monde.

Christelle Dabos, La Passe-Miroir

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« La Porcia de Shakespeare parle quelque part de cette « musique que tout homme a en soi ». – Malheur, dit-elle, à qui ne l’entend pas ! – Cette musique, la nature aussi l’a en elle… (Ce livre) est l’écho… de ce chant qui répond en nous au chant que nous entendons hors de nous… »
Victor Hugo, il y a un peu plus de cent années, justifiait ainsi le titre des Voix intérieures. Je ne crois pas que j’aie à suivre ce haut exemple et à dire pourquoi ce livre-ci porte le nom qu’il porte. Ni à faire comme faisait encore Hugo, dans cette même préface, pour expliquer la dédicace à son père, Joseph-Léopold-Sigisbert, comte Hugo, par quoi il compensait, en tête de ses vers, l’injustice qui n’avait point écrit son nom sur l’arc de triomphe de l’Étoile.
Ma place de l’Étoile, à moi, est dans mon cœur, et si vous voulez connaître le nom de l’étoile, mes poèmes suffisamment le livrent. On dit qu’un homme se doit de ne pas exposer son amour sur la place publique. Je répondrai qu’un homme n’a rien de meilleur, de plus pur, et de plus digne d’être perpétué que son amour, qui est cette musique même dont parle Porcia, et que c’est lâcheté et faiblesse de craindre porter son amour au pavois. Je veux qu’un jour vienne où, regardant notre nuit, les gens y voient pourtant briller une flamme, et quelle flamme puis-je aviver sinon celle qui est en moi ? Mon amour, tu es ma seule famille avouée, et je vois par tes yeux le monde, c’est toi qui me rends cet univers sensible et qui donnes sens en moi aux sentiments humains. Tous ceux qui d’un même blasphème nient et l’amour, et ce que j’aime, fussent-ils puissants à écraser la dernière étincelle de ce feu de France, j’élève devant eux ce petit livre de papier, cette misère des mots, ce grimoire perdu ; et qu’importe ce qu’il en adviendra si, à l’heure de la plus grande haine, j’ai un instant montré à ce pays déchiré le visage resplendissant de l’amour.

Louis Aragon, préface du recueil Les Yeux d’Elsa

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Et vous, quelles sont vos citations d’amour préférées ? 🙂

 

Si vous aimez lire des histoires d’amour, je vous conseille Mon Désir le plus ardent et En Attendant Bojangles .

Si vous aimez les histoires d’amour atypiques dans les littératures de l’imaginaire, La Passe-Miroir de Christelle Dabos et La Main gauche de la nuit d’Ursula Le Guin pourraient vous plaire.

Si vous trouvez que les fêtes sont de simples occasions de vous réjouir avec vos proches sans forcément être dans la consommation à outrance, cet article sur Halloween peut vous intéresser.

Mes 6 coups de cœur littéraires de l’année 2019

« On peut juger de la beauté d’un livre à la vigueur des coups de poings qu’il vous a donnés et à la longueur du temps qu’on met ensuite à en revenir. »
(Gustave Flaubert)

L’année 2019 fut très riche en découvertes littéraires, occasionnant des échanges passionnants et des rencontres enrichissantes. Emily Brontë écrivait « J’ai dans ma vie fait des rêves qui sont restés à jamais gravés en moi et ont modifié ma façon de voir. Ils ont envahi tout mon être, comme une goutte de vin dans de l’eau, et altéré la couleur de mes pensées ». Ces mots peuvent évoquer l’effet de la lecture, qui enrichit et modifie notre vision de la vie. En vous remerciant de me suivre depuis un an, je vous présente mes coups de cœur littéraires de l’année 2019.

Dans La Forêt de Jean Hegland

« En nous le cri de la vie continuait de résonner, irrépressible. »

livre Dans La Forêt de Jean Hegland

Ce roman post-apocalyptique fut une véritable claque. D’une plume crue et poétique, dotée d’une remarquable finesse psychologique, Jean Hegland relate le destin de deux sœurs suite à l’effondrement de la civilisation. Vivant au cœur de la forêt, Nell et Eva doivent changer leurs attentes et leur vision de la vie afin de renouer avec la nature, qui est leur seule chance de survie. À la fois roman d’apprentissage et fable écologique, Dans La Forêt porte aussi un message féministe. Les héroïnes se réapproprient leurs corps au fur et à mesure qu’elles se familiarisent avec la forêt, ravivant l’image ancestrale d’une féminité en harmonie avec la nature. Parfois angoissant, souvent émouvant et finalement optimiste, Dans La Forêt m’a touchée par sa délicatesse et sa bienveillance, suggérant que l’amour de la vie sous toutes ses formes permet de s’adapter à toutes les situations.

Ma chronique : Dans La Forêt : une apocalypse pleine d’espoir

La Main gauche de la nuit d’Ursula Le Guin

« Ce n’est plus Nous et Eux, ou Moi et Cela, mais Moi et Toi. Ce n’est plus un lien politique, utilitaire, mais mystique »

la main gauche de la nuit

Dans ce roman de science-fiction, Genly Aï est envoyé sur la planète Gethen pour une mission diplomatique. Il y découvre des habitants qui ne sont ni des hommes, ni des femmes, mais des êtres asexués, adoptant occasionnellement des caractéristiques féminines ou masculines. Le sentiment réciproque d’étrangeté face à l’inconnu sera à l’origine d’une profonde remise en cause psychologique, émotionnelle et intellectuelle. Ursula Le Guin questionne le rôle de la sexualité dans une société, tout en chamboulant nos habitudes de lecture et nos représentations classiques des personnages. Au-delà de cet ébranlement intellectuel, j’ai été happée par la beauté de l’écriture, des paysages et de la relation entre les personnages. Si La Main gauche de la nuit se concentre d’abord sur la confrontation à l’altérité et les manigances politiques, elle nous transporte ensuite dans un désert de glace où l’intensité émotionnelle et spirituelle nous coupe le souffle. Vous ressortirez de ce livre profondément ébranlé, bouleversé mais enrichi de tant de beauté.

Ma chronique : La Main gauche de la nuit : rencontre de l’Autre et expérience mystique

L’Industrie du bonheur de Mathilde Chabot

« Écrire, c’est se construire et se déconstruire jusqu’à prendre possession de soi-même au travers du langage. »

livre L'Industrie du bonheur, des fraises, des marques-pages

Maïwenn, jeune fille victime de maltraitance psychologique, a perdu son sourire. Catherine, quant à elle, refuse d’entrer dans les cases et aspire à un métier ayant du sens, visant à rendre les gens heureux. La rencontre entre les deux jeunes filles, dans la maison d’un « inventeur bariolé » où Maïwenn a trouvé refuge, offrira à Catherine l’occasion d’exercer son nouveau métier de « raccommodeuse de sourires ». L’Industrie du bonheur est le récit d’une reconstruction grâce à la création, l’amour et l’amitié. Prônant un mode de vie non-conventionnel et bienveillant, Mathilde Chabot écrit un véritable conte de fées moderne, aux inventions poétiques et originales qui contrebalancent la gravité de certains chapitres. L’Industrie du bonheur évoque en effet la douloureuse thématique de la maltraitance psychologique et le difficile cheminement pour en sortir, notamment grâce à une thérapie par l’écriture.

Ma chronique : L’Industrie du bonheur : la guérison par la création

La Passe-Miroir de Christelle Dabos

« Tu es la personnalité la plus forte de la famille, ma petite. […] Je te prédis que la volonté de ton mari se brisera sur la tienne. »

trois livres : les trois premiers tomes de La Passe-Miroir

Dans un monde éclaté, composé de nombreuses « Arches » suspendues dans les airs, Ophélie a bien du mal à trouver sa place. Heureusement, la jeune femme possède, sous ses airs maladroits, de fascinants pouvoirs, pouvant lire l’histoire des objets avec ses mains et traverser les miroirs, tout en ayant une indépendance d’esprit qui ne plaît pas à tout le monde. Fiancée de force au froid et rationnel Thorn, elle est contrainte de suivre ce dernier sur l’arche du Pôle. Dans un monde d’intrigues et de faux-semblants, Ophélie se découvrira bientôt au centre d’un complot relevant de la théologie et de la création du monde. La Passe-Miroir est une saga extrêmement addictive, entremêlant les intrigues avec habileté et mettant en scène des personnages attachants et hauts en couleur, tantôt burlesques, tantôt touchants. Dans un univers baroque et miyazakiesque, les relations complexes entre les personnages se mêlent aux enquêtes policières, à des connotations bibliques et à des inventions métaphysiques.

Ma chronique : La Passe-Miroir : un livre-monde baroque

Terremer d’Ursula Le Guin

« Jamais tu n’as été faite pour la cruauté et les ténèbres ; tu es faite pour contenir la lumière, comme une lampe qui brûle contient et offre sa lumière. […] Je t’emmènerai loin des princes et des riches seigneurs ; car il est vrai que ta place n’est pas là-bas. Tu es trop jeune, et trop sage. […] Tu as échappé au mal et tu viens en quête de liberté ; en quête de silence. […] Là, tu trouveras la bonté et le silence. La lampe pourra y brûler à l’abri du vent. »

Terremer

L’année 2019 a décidément marqué un coup de foudre pour les livres d’Ursula Le Guin ! Pour cette autrice, la Fantasy « n’est pas […] une pensée magique, mais une façon de refléter la réalité, et de la réfléchir ». Dans le monde onirique de Terremer, composé de nombreuses îles éparpillées sur la mer, le Mal n’est pas une menace extérieure mais réside à l’intérieur de chacun. Ursula Le Guin refuse la dualité et le manichéisme pour valoriser la « complexité éthique et la richesse morale de nos vies ». Elle se cherche à travers ses livres, s’inscrivant dans la tradition de la Fantasy tout en cherchant à s’en détacher. Les romans composant le recueil de Terremer nous grandissent et nous enrichissent en nous faisant côtoyer des personnages complexes mais toujours attachants, qui tentent de préserver l’Équilibre du monde tout en cherchant à se connaître eux-mêmes ainsi que leur part d’ombre. La recherche de la simplicité et de la liberté y est importante. Entre magie, onirisme, voyages symboliques, et illustration du charme d’une vie quotidienne simple, Terremer fait souvent penser à l’univers d’Hayao Miyazaki. Le fils de ce dernier, Goro Miyazaki a d’ailleurs adapté Terremer en animation.

Beauté Fatale : les nouveaux visages d’une aliénation féminine de Mona Chollet

« « Il n’y a pas de mal à vouloir être belle ! », m’a-t-on parfois objecté lorsque j’évoquais autour de moi le projet de cet essai. Non, en effet : ce désir, je souhaite même le défendre. Le problème, c’est que dire cela à une femme aujourd’hui revient un à dire à un alcoolique au bord du coma éthylique qu’un petit verre de temps en temps n’a jamais fait de mal à personne. »

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Outre Ursula Le Guin, j’ai eu cette année un coup de cœur pour la journaliste et essayiste Mona Chollet. Dans cet essai très nuancé et bien écrit, cette dernière évoque les pressions pesant sur les femmes dans un monde où le corps féminin est l’objet du marketing, constamment mis en scène afin de vendre des produits, devenant lui-même un produit lisse et déshumanisé. La journaliste mène son enquête en analysant articles de presse, films et séries, blogs et témoignages d’actrices et de mannequins afin de mettre en lumière la dimension impitoyable du culte du corps. Pourtant, tout en dénonçant la superficialité du « complexe mode-beauté », l’arrogance et le mépris de certaines stars, princesses et « it girls », le sexisme qui sous-tend les idéaux de beauté, la maltraitance subie par les actrices et mannequins, ainsi que la haine du corps (évoquant notamment l’anorexie), Mona Chollet ne rejette pas pour autant les valeurs considérées comme féminines. Celles-ci devraient en effet être davantage prises en compte dans un monde froidement rationnel qui « disqualifie le concret, la sensualité » en ne valorisant que les thématiques masculines, renvoyant les préoccupations considérées comme féminine du côté du futile et du superflu. Certains intellectuels ne sont d’ailleurs pas épargnés ! Beauté Fatale est une lecture passionnante qui a mis des mots sur des impressions que j’ai depuis bien longtemps ; notamment sur la double injonction contradictoire, d’une part d’être une femme belle pour exister, d’autre part, de devoir mimer les hommes, être une « badass » et une guerrière pour être reconnue comme leur égale.

Légendes, traditions et origines d’Halloween : pourquoi s’en inspirer le 31 octobre

Halloween est une fête souvent jugée trop commerciale et associée à la culture américaine. Pourtant, l’origine de cette fête européenne remonte à plusieurs millénaires. Le 31 octobre, pas besoin de dépenser beaucoup d’argent. Vous pouvez simplement vous imprégner de cette culture riche en légendes et vous inspirer des traditions.

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Origine celtique d’Halloween : légendes et fêtes rituelles de Samain

Il y a plus de 25000 ans, les Celtes célébraient la fête rituelle de Samain le 1er novembre. Celle-ci durait sept jours et marquait le passage d’une année à l’autre. On partageait des repas rituels : viande, bière, vin et hydromel. La fête de Samain favorisait un contact entre le monde des vivants et celui des morts. Les druides allumaient des feux de joie pour se protéger des mauvais esprits et pour célébrer la nouvelle année.

La légende flamande d’Halewyn fait écho à ces festivités célébrant un passage. Elle raconte la décapitation d’un géant qui avait tenté d’enlever une jeune fille. Le géant symbolise l’année passée refusant de céder sa place à l’année nouvelle (symbolisée par la jeune fille). La décapitation renvoie à la mort symbolique de l’année, qui était ritualisée dans les fêtes païennes.

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Halloween chez les Chrétiens : Toussaint, purgatoire et esprits défunts

Les Chrétiens éliminèrent la dimension rituelle des religions païennes et se rapproprièrent la fête de Samain. C’est ainsi qu’à partir du 9e siècle, on célébra la Toussaint, c’est-à-dire « Tous les saints », le 1er novembre. On se mit à célébrer Halloween (contraction de « All Hallows Eve » : « la veille de tous les Saints ») le 31 octobre.

Selon la croyance chrétienne de l’époque, la séparation entre le purgatoire et le monde des vivants devenait plus fine à ce moment de l’année. Les Chrétiens pensaient que, le 31 octobre, les esprits des morts assoiffés de vengeance pouvaient errer sur terre. Les humains se déguisaient afin que ces fantômes ne les reconnaissent pas.

Halloween devint cependant une fête problématique chez les Chrétiens, notamment à partir de la Réforme protestante, qui ne croit pas au Purgatoire, et qui reproche la dimensions païenne de cette fête. Aujourd’hui encore, certains Chrétiens se posent la question de la compatibilité d’Halloween, parfois associée à une forme de satanisme, avec les valeurs chrétiennes.

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La tradition irlandaise : Jack O’ Lantern, navets et citrouilles

Les Irlandais, catholiques et héritiers de la culture celtique, emportèrent leurs légendes en migrant aux États-Unis au milieu du 19e siècle. Fuyant la potatoe famine, ils importèrent notamment la tradition d’Halloween en Amérique.

La légende irlandaise de Jack O’LanternJack à la lanterne ») est l’une des plus célèbres. Jack O’Lantern, ivrogne ayant défié le Diable à plusieurs reprises, est rejeté du Paradis et de l’Enfer à sa mort. Il est condamné à errer dans l’obscurité jusqu’au Jugement Dernier, munid’une lanterne pour éclairer son chemin. Celle-ci est composée d’une bougie placée à l’intérieur d’un navet.

Du conte de Jack O’Lantern est née la tradition de la citrouille d’Halloween. À l’origine, on creusait des navets pour y mettre des bougies. Aux États-Unis, le navet finit par être remplacé par la citrouille, qui pousse en octobre et qui est plus simple à creuser !

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Halloween aujourd’hui : entre héritage et société de consommation

Aujourd’hui, Halloween a conservé des traces de ces origines et légendes : les lanternes en forme de citrouilles, ainsi que les déguisements de revenants, sorcières et démons, rappellent les esprits errants des anciennes croyances.

Dans les pays anglo-saxons, Halloween est une fête très importante. Les Américains décorent leurs maisons et préparent leurs déguisements à l’avance. Le 31 octobre, des enfants déguisés sonnent aux portes en criant « Trick or treat ! » (« un bonbon ou un mauvais sort ! »).

En France, Halloween est moins fêtée, ou de manière plus simple. Les Français ont tendance à juger cette fête trop commerciale, incitant à dépenser en décorations, bonbons et costumes.
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Fêter Halloween simplement

La consommation à outrance n’est pas un passage obligé pour fêter Halloween. Sans condamner cette fête, il est possible d’ignorer sa dimension consumériste si celle-ci vous déplaît. Vous pouvez simplement faire revivre les lumières et les repas associés à Halloween depuis longtemps, vous rappeler les légendes. C’est possible de vous réapproprier la tradition pour y piocher ce qui vous plaît, afin de donner à Halloween une ambiance conviviale et chaleureuse.

Vous pouvez faire des décorations en papier crépon, allumer quelques bougies et préparer des plats automnaux. Et pourquoi ne pas raconter des contes qui font peur ? Je crois la fête d’Halloween peut avoir une dimension très « hygge » (concept scandinave valorisant la convivialité, la simplicité et le bien-être procuré par les petites choses du quotidien).

 

 

Et vous, comment fêtez-vous Halloween ?

 

Également sur le blog : « Les Livres de l’automne : idées de lecture pour un automne cosy » : Partie 1 et Partie 2

« Pop culture », « culture geek » : comment la France méprise injustement l’imaginaire

« La France a un problème avec l’imaginaire. »

Ce constat revient souvent. Dans la culture française, fantasy, science-fiction et fantastique sont méprisés. Populaire auprès du grand public, l’imaginaire n’est pas intellectuellement reconnu. Il est sous-estimé par la presse, sous-représenté en librairies, ignoré par beaucoup d’intellectuels. La France ne semble légitimer que la littérature et le cinéma réalistes. Elle néglige la dimension symbolique de ce qu’on appelle « pop culture ».

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En France, l’imaginaire manque de légitimité intellectuelle

Le problème de la France avec l’imaginaire se vérifie au quotidien. Des parents souhaitent que leurs enfants lisent de « la vraie littérature », quand ceux-ci dévorent Tolkien. Dans beaucoup de librairies, le rayon dédié à l’imaginaire est minuscule, voire inexistant. Chez nombre d’intellectuels, science-fiction, fantasy et fantastique sont au mieux considérés comme des « plaisirs coupables ». Comme s’il s’agissait de mauvaises œuvres, à lire en cachette.

L’imaginaire n’est pas considéré comme de la culture. On parle de « pop culture » ou de « culture geek ». C’est un genre populaire. En témoigne les succès de Star Wars, de l’adaptation du Trône de Fer en série et du Seigneur des Anneaux en films. Malgré cette réussite financière, l’imaginaire souffre de sa réputation. Il est renvoyé aux clichés, destiné aux « geeks », aux jeunes… Combien de fois avez-vous trouvé votre livre préféré dans le rayon « jeunesse » d’une librairie ?

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La trilogie À La Croisée des mondes, chef-d’œuvre empreint de philosophie et de théologie, est classé dans le rayon « jeunesse » des librairies.

Pourtant, beaucoup de classiques font partie des littératures de l’imaginaire. La fantasy a pour ancêtres l’épopée, le roman de chevalerie et la chanson de geste. Les romans de Jules Verne sont de la science-fiction. Le roman gothique du 19e siècle est fantastique. Selon Stéphane Marsan, directeur éditorial aux éditions Bragelonne, certains livres de science-fiction, comme  Fahrenheit 451, sont considérés comme des classiques. Mais « dès qu’un roman de SF reçoit une légitimité littéraire, il perd son label SF et l’on s’empresse de le changer de collection – pour ne pas effrayer le grand public ».

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Classicisme et réalisme : origines du mépris de l’imaginaire en France

Selon Stéphane Marsan, ce problème date du 19e siècle. Le « putsch du roman réaliste contre le romanesque » aurait renvoyé l’imaginaire du côté des enfants. On peut remonter plus loin, aux 17e et 18e siècles. En cette période classique, la France a bâti son identité sur la raison. Le pays voulait oublier l’irrationnel de l’époque baroque et des guerres de religion. En témoigne l’horreur des intellectuels français en découvrant Shakespeare ! Mais c’est négliger une dimension essentielle de la vie : le rêve, le merveilleux.

Dans les pays anglo-saxons, un tel mépris n’existe pas. Tout le monde y lit de la fantasy, adultes comme enfants. Les professeurs de littérature évoquent Tolkien ou J.K. Rowling. Il n’y a pas de hiérarchie entre cinéma fantastique et cinéma réaliste. Les Anglo-saxons n’ont pas oublié la portée symbolique de l’imaginaire.

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La saga du Trône de Fer, très complexe et symbolique, s’appuie sur de nombreuses références historiques, philosophiques et mythologiques.

Légitimer l’imaginaire en France

Certains éditeurs et libraires réfléchissent aux moyens de légitimer la « culture geek ». Il s’agit de convaincre le public que l’imaginaire n’est pas un simple divertissement. Il faut en dévoiler la dimension symbolique, révéler une profondeur que beaucoup ne voient pas. Comme les contes, l’épopée et la mythologie, les littératures de l’imaginaire et le cinéma fantastique illustrent la condition humaine.

Pour prouver que l’imaginaire n’est pas un genre à part, des solutions sont envisagées. On s’interroge par exemple sur les couvertures de livres. Celles-ci ciblent un public précis. Des professionnels du livre hésitent à leur donner une apparence plus classique, afin d’attirer un nouveau public. Mais ils risquent alors de trahir leur lectorat. « On est toujours dans le dilemme et la restriction », affirme Stéphane Marsan.

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Heureusement, des philosophes et intellectuels commencent s’intéresser à la « pop culture ». Des émissions de France Culture sont dédiées aux films, séries et littératures de l’imaginaire. La dimension symbolique y est abordée par des spécialistes. Parmi leurs invités, l’écrivaine et philosophe Marianne Chaillan, a écrit Game of Thrones : une métaphysique des meurtres et Harry Potter à l’école de la philosophie.

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Le « Poudlard Express », dans Harry Potter, emmène les élèves à leur école de sorcellerie. Cette image, reconnue dans le monde entier, évoque un monde merveilleux.

 

L’opinion française au sujet de l’imaginaire est complexe, entre engouement du grand public et mépris intellectuel. Il existe toutefois un changement progressif dans les mentalités, notamment grâce aux nouvelles générations. Il faudrait cesser de hiérarchiser les œuvres selon leur genre. Certains auteurs de fantasy ou science-fiction ont une écriture magnifique. On ne manque pas d’être impressionné par le style d’un Damasio ou d’un Jaworski.

 

Si vous souhaitez découvrir un grand écrivain de l’imaginaire, je vous invite à lire mon article sur Alain Damasio.

Les Livres de l’automne : idées de lecture pour un automne cosy (2/2)

« L’automne est un deuxième printemps où chaque feuille est une fleur. »

(Albert Camus)

 

Dans mon précédent article, je partageais mes lectures d’automne classiques et contemporaines. Je vous invite à découvrir la suite de ma sélection, qui met à l’honneur l’imaginaire et le bien-être. Bonne lecture à vous ! 🙂

Les littératures de l’imaginaire à lire en automne

Le livre de l’automne le plus féérique : Contes de fées de Madame d’Aulnoy

J’aurais pu classer ce livre dans les classiques. Mais les contes font, selon moi, partie des littératures de l’imaginaire. Je me refuse à séparer les contes « classiques » des récits merveilleux d’aujourd’hui.

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Madame d’Aulnoy était une femme de Lettres du XVIIe siècle, contemporaine de Charles Perrault. Ses Contes de fées, très modernes, s’inscrivent dans le mouvement des Précieuses et dans la vogue des contes. Mettant souvent en scène des jeunes filles séquestrées, Madame d’Aulnoy dénonce de manière symbolique le mariage forcé qu’elle a subi, dans une œuvre féministe avant l’heure. Ses contes sont riches en métamorphoses, en enlèvements, en histoires d’amour contrariées et en créatures mythologiques. J’ai particulièrement aimé le conte de « L’Oiseau bleu », où une princesse tombe amoureuse d’un roi transformé en oiseau.

 « La reine donna le jour à la plus belle créature qu’on eut jamais vue : on lui attacha […] la fleur d’aubépine sur la tête ; et dans le même instant, ô merveille ! elle devint une petite guenon, sautant, courant et cabriolant dans la chambre. » (Babiole)

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Le livre de l’automne le plus amusant et original : Le Faucheur de Terry Pratchett

Le Faucheur est le onzième livre des Annales du Disque-Monde. Dans cette immense série de livres, Pratchett parodie les codes de la Fantasy, tout en faisant allusion à notre monde. Dans Le Faucheur, on estime que la Mort ne fait pas bien son travail. Il (car « la Mort est un mâle, un mâle nécessaire ») est renvoyé et doit s’intégrer aux humains le temps qui lui reste. La mort n’existant plus, plus rien ni personne ne meurt. Cela provoque une surpopulation de zombies, vampires, objets animés… Pratchett joue avec les clichés de manière savoureuse. On croise des zombies et des vampires qui refusent d’entretenir les opinions populaires à leur sujet. À l’inverse, une dame vampire imite l’accent transylvanien et contraint son mari à prendre des airs de Dracula !

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Dans Le Faucheur, La Mort trouve du travail dans une ferme.

L’absurdité de ce roman prête à rire, mais l’émotion est aussi au rendez-vous. Les épisodes concernant la Mort sont très poétiques et imaginatifs. La Mort ne s’exprime qu’en majuscules. Quant à sa faux, elle est tellement tranchante qu’elle coupe les mots en deux : « Oui. Cou / pe drôl /’ment, j’di /rais ».

La Mort devient mortel tandis que les êtres vivants ne peuvent plus mourir ; ce paradoxe entraîne de belles réflexion sur la vie. Le Faucheur est un livre sur la mort qui est finalement un hommage à la vie.

« Alors, c’était ça, être vivant ? Une impression de ténèbres qui vous tiraient en avant ? Comment pouvaient-ils vivre avec ça ? […] Sentir qu’on est une toute petite chose vivante, prise en sandwich entre deux falaises de ténèbres. Comment supportaient-ils d’être vivants ? ».

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Le Disque-Monde est un monde plat posé sur quatre éléphants, eux-même en équilibre sur le dos d’une tortue géante, naviguant dans l’espace.

« Les rapports entre l’Université et le Patricien, souverain absolu et dictateur presque bienveillant d’Ankh-Morpork, étaient à la fois complexes et subtils. Selon les mages, en tant que serviteurs d’une vérité plus élevée, eux-mêmes n’étaient pas soumis aux lois terrestres de la cité. Selon le Patricien, c’était effectivement le cas, mais ça ne les empêchait pas de payer leurs foutus impôts comme tout le monde ».

« Il n’existe pas officiellement de nuit, uniquement des soirs qui se fondent dans les aubes. »

« Seigneur, m’accorderez-vous un peu de temps ? Pour rétablir un équilibre. Pour rendre ce qui a été donné. Pour le salut des prisonniers et le vol des oiseaux. […] Seigneur, que peut espérer la moisson sinon les attentions du faucheur ? »

Le livre d’automne le plus politique et romanesque : Gagner La Guerre de Jean-Philippe Jaworski

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Don Benvenuto est le maître-assassin du puissant podestat Leonide Ducatore. C’est la fin de la guerre mais le conflit ne fait que commencer : c’est maintenant au sein de la République que les vainqueurs s’entredévorent. Don Benvenuto, narrateur et antihéros sans scrupule, va se retrouver au milieux de conflits politiques et de manigances magiques.

Gagner La Guerre est lauréat du prix Imaginales du meilleur roman français de Fantasy. Dans un monde semblable à la Renaissance italienne, se mêlent intrigues politiques, coups de théâtre, trahisons, sorcellerie et aventure. Vous suivrez les conflits politiques avant de vous égarer peu à peu dans un univers plus incertain, à la frontière du rêve. Vous ne tarderez pas à vous rendre compte que vous êtes du côté des « méchants ». Les actes du personnage principal de Gagner La Guerre sont difficilement justifiables. Cela crée un malaise, un rapport ambivalent du lecteur au personnage et au livre.

Si vous lisez Gagner La Guerre, vous serez envoûté, tant par le style incomparable de Jaworski que par un récit captivant. On ne peut lâcher ce livre malgré les 979 pages, malgré certaines scènes à la limite du soutenable et un héros insupportable. Il y a une magie qui émane de ce roman. Elle vous ensorcelle tout au long du chemin de Don Benvenuto, dans les rues de Ciudalia, dans les forêts claires-obscures empreintes de sorcellerie, dans les fêtes avec les elfes.

Écrit dans une langue magnifique, ce récit est à la fois cru et poétique, sombre et onirique. Gagner La Guerre est un chef d’œuvre violent et beau, que vous aurez du mal à lâcher.

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« Cette confession, c’est ma revanche à moi, c’est le coup de poignard posthume, c’est le graffiti obscène barbouillé sur le monument du grand homme. […] J’allais écrire la légende de la fresque à ma façon, démasquer le chattemiteux, instiller le poison lent qui ne frapperait qu’après sa mort et la mienne, ruiner le tombeau glorieux qu’il comptait se bâtir dans la mémoire de la République ».

« Dans le halo clair-obscur d’une hêtraie, le lévrier parut revêtir un halo presque lunaire, et sa course infatigable […] finit par m’inspirer une réminiscence vague, l’impression d’avoir déjà vécu cette fuite dans un rêve trouble. »

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Gagner La Guerre a été adapté en bande dessinée.

Les livres de l’automne de développement personnel et art de vivre

Le livre de l’automne le plus « feel-good » : L’Industrie du Bonheur de Mathilde Chabot

Maïwenn est une jeune fille maltraitée psychologiquement. Catherine refuse les carcans imposés par les adultes et ne se résigne pas à entrer dans les cases. Son but dans la vie ? Rendre les gens heureux. Elle se lie avec Stephen, « inventeur bariolé », et sa femme Maureen, une écrivaine singulière. C’est dans la maison de ce couple original que les deux héroïnes font connaissance. Le sourire de Maïwenn est porté disparu. Au contact de la jeune fille brisée, Catherine commencera sa nouvelle profession de « raccommodeuse de sourire ».

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L’Industrie du bonheur est magnifiquement illustré par Didier Chabot, père de l’autrice.

L’Industrie du bonheur est un livre touchant et original. À la fois réconfortant et douloureux, ce roman fait le récit d’une guérison grâce à la création, l’amour et l’amitié. Les petites choses réconfortantes du quotidien y sont mises en valeur : une tasse de thé fumante, un chat qui ronronne, un fauteuil moelleux… Mathilde Chabot écrit un véritable conte de fées moderne, aux inventions poétiques. Elle traite avec finesse les questions de la maltraitance psychologique et de l’épanouissement professionnel. L’Industrie du bonheur prône un mode de vie bienveillant, créatif et non-conventionnel.

« Les seuls médicaments dont cette enfant a besoin sont de temps et d’un peu d’amour. Et quand elle se sentira à nouveau en sécurité, ses yeux souriront. Quand elle sera confiante, elle guérira. »

« Je préfère toucher leur cœur plutôt que leur portefeuille. Je leur redonne le sourire en les faisant marcher en hors-piste plutôt que sur la route goudronnée. Alors oui, je ne gagne pas beaucoup d’argent. C’est vrai. Mais j’en gagne suffisamment pour manger trois repas par jour et avoir une chambre confortable qui m’attend le soir. »

Cliquez ici pour lire mon article !

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Le livre de l’automne le plus chaleureux : Hygge : se réjouir des choses simples de Pia Edberg

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Le « Hygge », (prononcé « hu-gueu ») est un art de vivre à la danoise. Il favorise la convivialité, la simplicité et le bien-être procuré par les petites choses du quotidien. C’est « une démarche globale qui vise à créer de l’intimité, du lien et du réconfort avec nous-mêmes et avec les gens qui nous entourent ».

Dans son livre, Pia Edberg explique ce « phénomène culturel qui fait du Danemark le pays le plus heureux du monde ». Elle donne de nombreux conseils, incitant à ralentir et à adopter un mode de vie chaleureux et authentique. Il s’agit de se recentrer sur ce qui rend réellement heureux : savourer des instants agréables plutôt que de consommer à outrance.

Ce livre d’art de vivre et de développement personnel est riche en exemples pratiques. Hygge est un ouvrage aéré laissant une place aux citations. Des espaces y sont aussi aménagés pour que vous puissiez vous exprimer. Outre des conseils concernant la décoration de la maison et plus globalement la vie quotidienne, Pia Edberg transmet des « recettes hygge ». Vous découvrirez la recette des biscuits secs aux épices, du gruau de fruits ou du vin chaud. Un livre agréable pour celles et ceux qui aspirent à un mode de vie chaleureux, basé sur les bons moments passés avec des personnes qu’on apprécie.

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« L’objectif de ce livre est de vous aider à ralentir et à profiter des moments réconfortants de la vie. Il peut vous aider à tirer parti des petites choses et à vous recentrer sur ce qui est important ».

En plus, le livre est très joli ! 😊

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Vous voici bien équipés pour un automne cosy !

Et vous, quels livres lisez-vous en cette belle saison ? N’hésitez pas à compléter ma sélection ! 😊

 

 

Également sur le blog : Les Livres de l’automne : idées de lecture pour un automne cosy (1/2)

L’Industrie du bonheur : la guérison par la création

Les Livres de l’automne : idées de lecture pour un automne cosy (1/2)

« Mon Automne éternelle ô ma saison mentale »

(Guillaume Apollinaire)

 

En automne, on a tendance à apprécier les récits sombres, angoissants ou merveilleux. Le cycle de la nature touche à sa fin et la mort de l’année approche, symbolisée par Halloween et ses histoires de revenants. Mes lectures automnales reflètent cette dimension surnaturelle et le ralentissement de la nature. Je vous invite à découvrir ma sélection de livres pour ma saison préférée :

Les lectures classiques à lire en automne

Le livre d’automne le plus gothique : Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë

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Cathy et Heathcliff ont grandi ensemble dans le domaine familial des Hauts de Hurlevent, entourés de landes balayées par les vents. Jeune bohémien trouvé dans la rue, Heathcliff est haï et méprisé par le reste de la famille. Cathy est partagée entre son attrait nostalgique et passionné pour les landes sauvages et son ami d’enfance, et le confort du monde civilisé. Maltraité et rejeté, Heathcliff décidera de se venger en détruisant ceux qui l’ont bafoué, ainsi que leur descendance.

Les Hauts de Hurlevent est un roman cruel, mettant en scène deux familles dévorées par la haine et la folie. Dans ce classique du XIXe siècle, les paysages reflètent la sauvagerie et la passion irrationnelle des personnages. À travers l’amour destructeur de Cathy et Heathcliff, Emily Brontë dépeint le refus de se détacher de l’enfance et le rejet des changements liés au passage du temps. Cette histoire d’amour et de haine, hantée par les fantômes, possède les caractéristiques du romantisme noir et du roman gothique. Vivant dans la maison d’un père pasteur, près d’un cimetière, Emily Brontë a aussi côtoyé la mort, la maladie et les paysages tourmentés décrits dans Les Hauts de Hurlevent.

Cathy et Heathcliff dans le film Les Hauts de Hurlevent
Cathy et Heathcliff dans Les Hauts de Hurlevent de William Wyler (1939)

« J’ai fait dans ma vie des rêves dont le souvenir ne m’a plus jamais quittée et qui ont changé mes idées : ils se sont infiltrés en moi, comme le vin dans l’eau, et ont altéré la couleur de mon esprit. »

« Je sais que des fantômes ont erré sur la terre. Sois toujours avec moi… prends n’importe quelle forme… rends-moi fou ! mais ne me laisse pas dans cet abîme où je ne puis te trouver. Oh ! Dieu ! c’est indicible ! je ne peux pas vivre sans ma vie ! je ne peux pas vivre sans mon âme ! »

Le livre d’automne le plus bouleversant : L’Œil le plus bleu de Toni Morrison

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Dans L’Œil le plus bleu, Toni Morrison évoque la violence des critères de beauté dans les années 40 aux États-Unis. D’un style aussi cru que poétique, elle dépeint différentes manières dont des femmes noires répondent au culte de la blancheur : en se révoltant contre ces normes de beauté, comme Claudia, ou en les intériorisant jusqu’à la folie, comme Pecola. Cette petite fille est persuadée que, si elle avait les yeux bleus, elle existerait aux yeux du monde et que ses parents ne se disputeraient plus.

L’Œil le plus bleu met en scène la violence sociale, le viol, l’inceste et la manière dont les oppressés deviennent à leur tour oppresseurs. Ce livre dérangeant décrit avec habileté le pouvoir aliénant et réducteur du regard de l’Autre.

Toni Morrison

Toni Morrison, Prix Nobel de littérature, a disparu le 8 août dernier. Elle laisse derrière elle une œuvre poignante, qui illustre l’Histoire de la communauté afro-américaine.

« Depuis quelque temps, Pecola se disait que si ses yeux […] avaient été différents, c’est-à-dire beaux, elle-même aurait été différente. […] Si elle avait été différente, belle peut-être, Cholly aurait peut-être été différent aussi, et Mrs Breedlove. On aurait peut-être dit : “Regarde, cette Pecola aux beaux yeux. Nous ne devons pas faire de vilaines choses devant ces jolis yeux. ” »

Le livre d’automne le plus poétique : Alcools d’Apollinaire

Dans Alcools, recueil de poésie publié en 1913, Apollinaire mêle modernité et tradition. Entre héritage poétique et recherche d’images et de sonorités nouvelles, Alcools fait des associations parfois surprenantes. Les références antiques, chrétiennes et médiévale y côtoient des paysages urbains. Différents éléments se mélangent : l’ancien et la nouveauté, l’individuel  et le collectif, dans une fusion euphorique et enivrante. L’automne, « saison mentale » du poète, revient régulièrement, décor mélancolique propice à l’expression des sentiments.

« J’ai cueilli ce brin de bruyère
L’automne est morte souviens-t ’en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t’attends
 »

 

Alcools d'Apollinaire, un chat
Alcools est la lecture d’automne de mon chat !

Les romans contemporains à lire en automne

Le livre d’automne le plus actuel : C’est Où le Nord ? de Sarah Maeght

Ella, 24 ans, quitte Dunkerque pour enseigner le français dans un collège privé en région parisienne. Son compagnon ébéniste et elle, pleins de projets, emménagent dans un nouvel appartement avec leur poisson rouge. Mais rien ne se passe comme prévu. Ella est rapidement confrontée à une période de crise où tous ses repères s’effondrent.

Dans ce roman en apparence léger, Sarah Maeght traite des sujets actuels : la quête de l’identité chez une génération qui se cherche, la difficile transition entre la fin de la jeunesse et le début de l’âge adulte, la recherche de son identité sexuelle, le harcèlement scolaire… C’est Où le Nord dépeint aussi avec humour le quotidien d’une jeune prof à ses débuts, dans une ambiance très parisienne. Un bon livre pour la rentrée !

Cliquez ici pour lire ma chronique !

couverture du livre C'est Où le Nord ?

« Dans sa tête, c’est Ikea, bien rangé, bien organisé, dans la mienne, c’est un vide-grenier bordélique.  »

Le livre d’automne le plus british : Le Treizième Conte de Diane Setterfield

Écrivaine renommée, Vida Winters n’a jamais dit la vérité sur sa vie. Désormais âgée, elle invite Margaret, jeune libraire et biographe, à lever le voile sur son passé afin de rédiger sa biographie. Dans le manoir de Vida, Margaret doit démêler la réalité et l’imaginaire. Elle découvrira les fantômes du passé de l’écrivaine mais sera également confrontée à ses propres démons.

le treizième conte de diane setterfield
Le Treizième Conte est devenu un best-seller

Ce livre très british relève à la fois du conte et du roman gothique, mettant en scène une étrange maison et une mystérieuse histoire de famille. Le Treizième Conte est aussi une réflexion sur le pouvoir de la fiction. À travers une héroïne amoureuse de livres, Diane Setterfield rend hommage aux sœurs Brontë, à Daphné du Maurier et à Jane Austen.

« Les livres sont pour moi, je le reconnais, la chose qui compte le plus ; mais je n’arrive pas à oublier qu’il y a eu une époque où ils étaient à la fois plus banals et plus essentiels encore que maintenant. Quand j’étais enfant, ils constituaient toute ma vie. c’est pourquoi il y a toujours en moi une aspiration nostalgique au plaisir qu’ils me procuraient. »

 

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Petit bêtisier de la création de l’article (cherchez l’intrus sur la photo! )

 

Dans mon prochain article, je vous parlerai de ma sélection d’automne dans les catégories des littératures de l’imaginaire et du développement personnel ! 🙂

Et vous, quelles sont vos lecture d’automne préférées ?

 

 

Également sur le blog : Toni Morrison : la plume de l’Histoire afro-américaine

C’est Où le Nord ? Le reflet d’une génération perdue et désabusée ?

Toni Morrison : la plume de l’Histoire afro-américaine

« La recherche de l’amour et de l’identité traverse la plupart de mes écrits. »

Le 5 août, a disparu Toni Morrison, Prix Nobel de littérature, 8ème femme et seule personne afro-américaine ayant reçu ce prix. Dans ses romans, Toni Morrison donne une vision intime de l’Histoire de la communauté noire aux États-Unis. Elle met en scène des personnages féminins très forts et illustre les conséquences de la ségrégation dans le quotidien des femmes. Je souhaite aujourd’hui rendre hommage à cette grande écrivaine qui a marqué ma découverte de la littérature américaine.

Une fille d’ouvriers Prix Nobel de littérature

Issue d’une famille d’ouvriers, Toni Morrison a été encouragée à faire des études. À l’issue d’études littéraires à l’Université de Howard, alors destinée aux Noirs, elle soutient une thèse sur la thématique du suicide dans les œuvres de Faulkner et de Virginia Woolf.

Toni Morrison devient ensuite professeure de Lettres et éditrice. Elle commence à écrire à 39 ans avec L’Œil le plus bleu. Elle écrira de nombreux ouvrages : romans, nouvelles, essais, livres pour enfants… Mais elle reste surtout connue pour ses romans, notamment pour le bouleversant Beloved.

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Histoire afro-américaine et recherche de l’identité dans les livres de Toni Morrison

Dans ses romans, Toni Morrison illustre l’Histoire de la communauté afro-américaine, des débuts de l’esclavagisme à maintenant. D’une plume réaliste, souvent très crue, elle mêle la vie quotidienne et une dimension mythique liée à la recherche des origines.

La quête de l’identité est très présente chez Toni Morrison. Il est question d’une transmission à travers les générations et de la recherche des racines (Le Chant de Salomon, Home). Les personnages s’ancrent toujours dans une Histoire plus vaste, qui remonte à une histoire familiale, voire à l’Histoire d’un peuple. Dans Home, Franck Money, vétéran de la guerre de Corée, traverse les États-Unis pour retrouver sa sœur malade et la ramener à la maison familiale. Cette quête des origines lui permet de retrouver une identité perdue et de panser ses blessures.

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L’œuvre de Toni Morrison, marquée par la violence

Dans les romans de Toni Morrison, le drame personnel prend parfois des airs de tragédie. L’héroïne de Beloved, qui tue sa propre fille afin de lui épargner l’esclavagisme, est selon moi une figure tragique. Son acte l’assimile à Médée, magicienne de la mythologie grecque, qui assassine ses propres enfants.

La violence est très présente dans l’œuvre de Toni Morrison. Elle y dépeint la réalité de la vie de personnages non idéalisés. C’est une littérature très dure, souvent pessimiste (L’Œil le plus bleu, Paradise), où les oppressés deviennent parfois oppresseurs. L’écrivaine évoque la violence sociale, l’infanticide, le viol, l’inceste… Ainsi que la violence des sentiments (Love, Jazz).

Mais Toni Morrison offre aussi une véritable poésie du quotidien, avec une plume très onirique, proche du réalisme magique, dont les moments de tendresse ne sont pas absents. La narratrice de L’Œil le plus bleu se souvient ainsi de moments familiaux pleins de douceur.

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Malgré une œuvre parfois pessimiste, Toni Morrison a affirmé que la situation humiliante de certains de ses personnages n’était plus d’actualité. Elle place notamment beaucoup d’espoir dans l’engagement politique et dans l’éducation.

Si l’œuvre de Toni Morrison vous intéresse, je vous invite particulièrement à lire L’Œil le plus bleu ! C’est grâce à cette lecture que j’ai découvert Toni Morrison.

Et vous, comment avez-vous découvert Toni Morrison ? Quel est votre livre préféré ?

 

Également sur le blog : Les Livres de l’automne : idées de lecture pour un automne cosy (1/2), où je parle de L’Œil le plus bleu.